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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 21:19

L'ashram de la fondation Bhole Baba de Cisternino, dans les Pouilles (Italie du Sud) a fait l'attention des médias lors de la "fin du monde" annoncée par le calendrier maya, en décembre 2012. Nos envoyés spéciaux, intrigués, s'y sont rendus un peu plus de deux mois après l'événement

 

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C'est dans un pays de presque printemps en février, au bout d'un petit train rouge et bleu, et de toute une marche d'approche, à pied, oui on peut se tromper de gare, même en étant prévenu, l'Italie est riches de trains qui ne jouent pas aux TGV, nous avions le temps peut-être, et ce rendez-vous nous semblait si improbable que nous usâmes de cent détours, à la pleine lune, puis dans les lacets d'encre de la montagne, et bientôt et comme malgré nous les Trulli (photo) qui donnent un air de pays de fée à ce bout du monde encore, comme pour ne pas arriver nous tentons une dernière escapade dans une oliveraie, mais le signe est là, discret et tentant, et il nous faut poser notre barda, nous n'avons plus le choix. (photo) Cest la pause après le karma yoga, nous ignorons tout encore de cette pratique qui sonne tantrique, mais déjà, formalités d'usage dûment accomplies, Antonio nous assure que l'on n'est jamais appelé ici par hasard, si nous sommes là, c'est bien que Babaji nous a appelés, je vais vous faire visiter, je vais vous montrer un peu.

 

 

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Méditation du Trullo, méditation de la spirale, énergie masquée de Babaji, quelques indignés ont été appelés ici, un gestionnaire, un cuisinier, une prêtresse qui ne se dit que servante du culte, et eux finalement doivent incurver leurs pas, et eux doivent s'arrêter, qui tentaient encore de passer. Quelques hommes fumaient là où ce n'était pas toléré, ils se diront petits de fumer parce que ce n'est pas toléré, ils se diront petits quand tout un monde à côté fume de rien, ils étaient arrivés, le comptable fait compter le gestionnaire, oui c'est bien eux qui devaient venir, oui ils ont été retardés, mais ce n'est pas grave, non ce n'est pas grave dit le gestionnaire qui les attendait le jour d'avant le jour où ils marchaient, ils sont bien arrivés, il faut signer pour ceux qui sont encore de l'autre côté, et je vous fais visiter. Nous avons des informations sûres. Vous choisissez la chambre plutôt que le dortoir. Voilà le lieu du culte. Nous avons beaucoup de dépendances. Il faudra vous laver avant le culte. Nous sommes peu nombreux mais nous avons des informations sûres, nous savons qu'il reviendra, mais il ne s'est pas encore manifesté, voilà les sanitaires, voilà vos draps et couvertures. C'est silence jusqu'à quatorze heures, vous savez eux ils se lèvent très tôt, c'est le repos. Nous nous étendons sur six hectares, ici ce n'est qu'une part, ici il faut ôter ses chaussures, il faudra aussi revenir en été, mais je vous attendais avant, mais si vous êtes ici c'est qu'il vous a appelés, je vous avais dit pour le train, mais vous êtes venus à pied !

 

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Babaji a déjà regagné un corps, nous avons des informations formelles, mais il ne s'est pas encore manifesté, sa chambre est prête, nous l'attendons, ici. Je suis désigné pour le karma-yoga du bois de chauffe, voilà donc ce karma yoga, Babaji l'a dit, le seul yoga qui vaille, le seul yoga complet, il s'agit d'oeuvrer pour la collectivité, sans recherche de profit quelconque, alors ont agit pour tous, pour sa compagne, pour ses enfants, pour tous. Elle est orientée vers la cuisine, végétarienne bien sûr, discipline de fenouil et d'artichauts, tous les restes de repas iront directement au compost soigneusement travaillé. Personne n'est appelé ici par hasard, le compost s'impose juste en amont du potager bio, un lieu végétal et des oiseaux, comme en Auroville, Babaji comme Aurobindo semblent prêcher au même, mais sans doute pourtant sont-ils l'un à l'autre blasphématoire, même si tous les ouvrages du guru de Pondichéry sont ici, ils sont sous clef dans la bibliothèque que l'on ne peut que visiter, la clef est ailleurs. On peut croire à une image sans être fou, sans doute, sans en renier une autre plus usuelle, on peut sans doute les joindre dans cette existence-ci. Le comité exécutif semble avoir, après une discussion tendue, maintenu Antonio-de-Nevers à la limite de son poste de gestionnaire. Car le soir passe le parrain du nord, venu comme pour un comité d'entreprise, égrenant un chapelet écarlate comme pour faire tenter de croire pourtant à son personnage, d'un rire suffisant, d'une adhésion toute mécanique. Le mafiosi qui débarquait là pour le conseil d'administration du premier dimanche, et pourtant comme imprégné de ses prières, avait un col de loutre en synthétique. Grand financier obscur, parrain sans doute.

 

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Les oliviers tentent de tenir la terre tout en s'y arrachant. Les trullis se privatisent presque tous. Le secrétaire, aux lunettes et à l'allure réservée mais têtue de Ben Kingsley dans La liste de Schindler, lui, est tout entier à l'oeuvre. On ne le reverra plus. Andar le cuistot: le prêcheur de l'évolution à venir, le pécheur d'hier, qui s'est exclus, qui a été appelé, qui goûte et dit chaque jour le bonheur surhumain de l'espoir, qui se consigne aux choses très simples, un "nous sommes très pauvres" est aussi son appel. Depuis vingt ans il a été appelé, une vie de couple maintenant sublimée, Hare Krishna, et Babaji. Om Namaha Shivaya, me précise par écrit le disciple-pateint ici placé par ses parents plutôt qu'en milieu spécialisé, ici c'est très spécial, et ici c'est très ouvert, et ici personne ne peut échapper pathologiquement à une norme qui ne fait pas loi. Nous partirons dans quelques jours à l'heure de la sieste, ne pouvant leur dire au revoir; et comme nous étions venus, en retard et sans promesses, sans doute nous recroiserons Babaji.

 

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La grille ouverte est derrière, est devant, n'est plus, que la terre; quelques oliviers, les temples mâle et femelle qu'il nous reste tous deux à pénétrer, dedans/dehors devient une décision illusoire. Nous restons, invités par l'officiante femelle. Temple-église dans un assemblage de trulli. Ici donc nous sommes maintenant cinq dévots, une prêtresse, une sous-prêtresse, un cuisinier, un jeune homme que ses parents ont préféré confier à babaji plutôt qu'à la médecine des hommes; d'autres, les habitués de l'extérieur, passeront le week-end pour le culte, le repas ou un séminaire organisé pour subvenir aux besoins financiers de l'ashram. On est bien loin de la foule de décembre que l'on nous dit, Babaji n'est pas adepte du calendrier maya, mais cette affluence, nous dit Antonio, a permis d'indispensables travaux d'entretien du domaine et des bâtiments.

 

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Temple mâln, 7h, le matin. Un rythme sanskritique émerge quand les mots et le chant parfois sont en phase, le vibratoire parfois émerge, il faut restituer les voyelles comme à sa guise, si on s'applique par trop on n'en met pas assez, il faut laisser faire le souffle, après avoir fait les offrandes à Shiva, tout l'hiver l'officiante s'est gelé les pieds nus aux dalles du temple. Babaji que seconde le linceul de Turin, Andar le cuistot est au soufflet du petit harmonium indien, le jeune patient tente le djembé, Rivière sacrée entraîne la psalmodie, au bout de quelques jours seulement ce rythme des jours par ce culte simple nous manquera, nous nous retrouverons comme perdus et irrités par la grande ville...

 

 

Om

Sahana vavatu saha no bhunaktu

Saha viryam kara va vahai

Tejaswina vadhi tamastu ma vidvisha vahai

Om Shanti, Shanti, Shanti

 

 

 

Le temple femelle, temple du feu, obscurité, éternelle fumée toujours s'échappant de la braise mêlée de sable et de pierres, le feu jamais ne s'est éteint, mantras devinés aux lueurs des bougeoirs, clochette fébrile de la prêtresse en second. Rivière sacrée, elle, officiante principale, depuis vingt ans en Babaji, habite pleinement le temple, gardée par ses chiens, forte de son huile de millepertuis, se confiant aux appelés, offrant à ma compagne l'écharpe de ses fleuves. Une immersion en simple, et ses plaisirs de contrepoint, nature, nourriture, repos, méditation pour ceux qui le souhaitent. Deux jours d'observation: déjà les règles se resserrent pour les dévôts, les rivalités se précisent dans la micro-équipe où chacun prend ses démarques. In devotion, nevertheless. Antonio doit bien financer, la "fin du monde" lui a permis d'équiper en double vitrage la bibliothèque de l'ashram, avant nous n'avions pas l'eau chaude, le papier toilette est toujours interdit, tous les déchets de ce que l'on mange partent au compost, on coupe au plus fin possible les tranches de fenouil, culture savoureuse et locale qui révèle ses chakras bien alignés lors de sa découpe pendant le "karma-yoga".

 

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Mais c'est dimanche, et un Plastic-guru du New-Age tente l'approche financière. Sa compagne-agent-dévote a loué la grande verrière de l'ashram, les bobos locaux affluent à deux cents euros le week-end, il embrasse ses fidèles pré-pâmées sur le thème de la Respons-ability, la compagne-agente-dévote nous chasse, puis après consultation du Maitre revient sur ses pas, nous admet quelques temps, après nous déciderons, il use de toutes les techniques de manipulation des groupes, vient imposer les mains sur les yeux fermés des deux nouveaux auditeurs, qui se défileront pour aller trancher le fenouil, Antonio-le-gestionnaire en sera contrarié, la compagne-agent-dévote nous proposait l'après-midi a seulement cent euros... Mais Plastic-guru n'est pas dans la simplicité volontaire des dévots de Babaji, il ne prêche qu'un système de décroissance du dimanche, le discours est vide, la technique parfaite, la robe safran de bonze et le regard de bonté soigneusement travaillés aussi, ils doivent en avoir pour leur argent, ils doivent revenir. On est loin du rythme simple, et librement accepté, de l'ashram, survie et pauvreté, de l'autre côté de la verrière surchauffée; ici la bourgeoisie d'excès s'endort à sa bonne conscience et aux porte-monnaies communicants, on est aimé de l'univers du New-Age et on peut repartir, sauvé, gracié. On sait un centre neurologique de la responsabilité en temporal gauche, où quand le neuro-cognitivisme et le New-Age se rejoignent pour mieux façonner le porte-feuille et le sourire béat des égarés de la ville.

 

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Au repas, celui-là était là en décembre, qui travaille au calendrier maya tous les dévots de Babaji. Le frappé de la fractale maya nous calcule, marmonnant, tout pris à son décompte, "You are 7 ! Blue resonance !" Chacun doit être fixé dans ce dharma-maya, et la "fin du monde" ici a beaucoup rapporté. Les dévôts de Babaji s'ouvrent à toutes les métaphysiques et toutes les mystiques, pourvu qu'au benedicite, on proclame le guru, qu'ici on attend, avec son message de simplicité et de paix. Je suis resonant, deux points sur un trait long dans la numérologie maya de treize caractères, elle: is equal, un point sur un trait, Elle:est six, lui sept, eux deux font la boucle du 13 de la fin du monde. Donc. Om Namaha Shivaya, I bowl in Shiva, elle est "vent du dharma" dit Maya, "ailes du dharma" préférè-je retenir. Le souffle ou l'effort ?

 

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Un vieil adepte, lui, après une longue préparation dans un ashram des années 70 en Italie du Nord, fait en 1983 le voyage en Inde, et rencontre Babaji peu de temps avant qu'il ne quitte son corps. Des bains avec le maître, le Shiva d'Herakhan, à l'aube chaque matin dans les rivières glacées de l'Himalaya. Andar-le-cuistot nous fait signe de ne pas être dupes, il nous raconte toujours ses histoires, tout ici est beaucoup plus simple. "J'avais peur en rencontrant Babaji pour la première fois", dit-encore l'homme, "il a des pouvoirs extraordinaires, il te scanne complètement dans l'instant, mais il a reconnu ma sibcérité, il m'a demandé de créer ici l'ashram, il ne peut revenir qu'ici, c'est sûr". Si ce n'est Maya-le-calculateur, c'est son frère, maintenant, qui nous interpelle. Celui-là m'a déjà croisé en Inde. "C'est possible, dis-je, peut-être à ..."; "Oui, en Inde, sans importance, l'endroit, me coupe-t-il".

 

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Vous devez changer à Zollino peut-être, à Maglie certainement, pour Otranto. Mais il n'y a pas de trains le dimanche. Nous changerons, nous avons vu un espace communautaire encore, comme il en reste quelques uns de ces années soixante-dix, en résistance au monde pléonexique, aux règles simples, à la dévotion sincère, bien loin du catastrophisme millénariste des mayas, où des habitants de cette région aride, des voisins, soutiennent la communauté mais sans sans lâcher pour autant leurs activités temporelles, il faut bien vivre, mais le dimanche on participe, et c'est sérieux, ce monde a besoin du message de paix, universel, de Babaji. Allez au Bhole Baba Ashram, nous nous recroiserons peut-être, l'esprit a besoin de permanents, il en manque. Derrière la spirale energétique, récepteur pour le guru, la petite chambre blanche et simple, chaque jour, est nettoyée pour le maître, quelques fleurs, de l'eau.  Il faudra bien, oui, revenir à cette simplicité volontaire là, au plus près de l'appel de la nature, de l'écorce du monde, de l'humus qui fait l'homme.

 

 


lien vers le site officiel de l'asram de Babaji à Cisternino

 


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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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