Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 21:34

P1010170.jpg

 

Pour l'Inde comme pour les stoïciens, la vie se définit par la capacité au mouvement, actif comme passif: la cohésion tissulaire qui permet le transport, et non l'organe différencié, est donc la caractéristique du vivant; ainsi le corps de la personne paralysée pourra être mu par son auxiliaire de vie qui compensera la fonction de ses organes déficients; et ainsi doit pouvoir être remis également en mouvement par une aide extérieure le fonctionnement psychique de la personne atteinte de pathologie mentale du fait de la maladie ou de l'âge, pourvu que la cohésivité du tissu social soit préservée par un réseau d'interventions autour d'elle. Vivre c'est bien bouger; mais au contraire écrire le corps de l'autre, l'enfermer dans une coque qui l'isole du social, lui imposer des conduites normatives dont il n'a pas exprimé le souhait, c'est le faire mourir. Nous maltraitons nos aînés dans les maisons de « retraite ».

 

 

Si le mouvement physique est connu pour sa capacité à éloigner la « grande faucheuse1 », le mouvement psychique doit pouvoir être sauvegardé et réactivé, de façon à ce que la personne âgée un jour « quitte un monde, peut-être, mais quitte un monde redevenu commun »2, dans la brillance préservée des mourants. Un lien à ne pas déconstruire autour de la personne vieillissante aujourd'hui enfermée en institution, comme autrefois le furent les lépreux puis les fous, reléguée socialement comme le sont aussi aujourd'hui les étrangers et autres « sans », ce « sans » et cette finitude qui sont pourtant caractéristiques de l'espèce humaine3. Ce lien à renouer qui permettra à nouveau le mouvement psychique en recirculant la douleur au collectif, plutôt qu'en condamnant la personne âgée, privée de désir sur le monde extérieur, au mouvement hypochondriaque focalisé sur ses organes. La douleur est bien de  l'ordre de cet impératif que décrivait Freud, et, rongeant toujours à la limite du sujet, ce courant, ce rasa doit être « circulé » pour faire retour à la nature d'où la déliaison l'a fait émerger; et il y a bien, suivant Deleuze et Guattari4, deux façons de mourir, une mort condensation, coque de la douleur chronique, non circulante, et une mort-expansion, mort-folie peut-être, passage trop violent au réel qui blesse peut-être, mais mort en excès plutôt qu'en carence de liaison au réel. Vieillir est mouvement, les tissus s'y offrent plus volontiers au rasa douleur qu'auparavant sans doute dans l'existence, mais la collectivité a aujourd'hui pour mission  morale - comme  pour intérêt bien-pensé - de pousser la fréquence de ce rasa douleur vers celui de la compassion, cette karuna qui est l'autre mot ou l'autre pôle de la douleur: le lien, et le care.

 

 

 

 

1. http://www.bmj.com/content/339/bmj.b4236

2. O. Douville, Mémoire mélancolique de la personne âgée, in Colloque Dynamiques du vieillissement, Université Paris Diderot, 15-17 mars 2012

3. M. Crowley, L'homme-sans, politiques de la finitude, Lignes, 2009

4. G. Deleuze et F. Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? PUF

Partager cet article

Repost 0
Published by panopteric - dans médecine conjonctive
commenter cet article

commentaires