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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 09:25

 

notes de lecture autour de:

 

Je suis le gardien du phare

éric faye

éditions josé corti, 2000


(à lire en période de fièvre ou de grand vent) 

 

spires

 

 

Parti une première fois pour vous survivre, rattrappé par l'inutile, reparti pour vous vivre: créer. Ce soir je lis: Comme d'autres, ils étaient partis trop tard. En état de choc, ils s'apercevaient que leurs jambes refusaient de porter leur rêve. Ils se reposaient quelques jours, on soignait leur dépression avec les moyens du bord, et tôt ou tard, ils allaient devoir faire le chemin inverse. Ces malades que le voyageur observait avaient subi l'ablation de l'essentiel, car il n'existe pas de prothèse de rêve: avant d'entreprendre leur descente, ils jetteraient un regard vers le sommet, ils le jetteraient comme on abandonne un morceau de soi lorque l'on grimpe sur le bateau de l'exil décidé. C'est le très premier retour de voyage qui permet de penser à l'essentiel, juste avant que la valise ne soit totalement vidée, et certains qui ne voyagent jamais, jamais non plus ne vident totalement leur valise. On ne sait jamais: l'essentiel pourrait avoir échappé aux portiques de la frontière. Comme un bivouac installé dans une caverne qui serait votre unique étape, mais celle de personne. On ne sait jamais: les marchands de nostalgie arrivent très tôt, alors que l'on dort encore, et ils ne vous éveillent qu'à demi s'ils veulent faire des affaires. Des initiés que vous ne voyez pas murmurent, et les sillons rougissent de plaies votre mémoire, tous ces organes jettés, tous ces départs jamais unis encore, cet amour toujours refusé par chaque origine qui éviscère: sur ce banc, de l'autre côté du temps, deux personnes sont assises qui s'aiment, échangent des mots rares. L'une d'elles, c'est vous.

 

Mais au manoir d'hivernage où vous vous retirez réguliérement, passé un certain laps de temps, le paysage vous intègre, vous ne vous appartenez plus totalement, quarantaine imminente, mais la longue-vue n'est guère précise, et nul n'est venu, l'existence est aussi faite de petites morts successives, nichées les unes à l'intérieur des autres. Noms de rues, noms de villes, prénoms de femmes. Balises flottantes, tempêtes, il est l'heure de mon tour de garde face au néant: si je demandais des explications au continent ? Seul, à attendre la Nativité. J'ai proclamé le socialisme, mais il est difficile de collectiviser la solitude, surtout la sienne. Il me fallait fuir pour ne plus garder auprès de moi que les mots les plus utiles: les surprises n'existent plus sur la terre ferme. Peut-être, si l'inspiration me vient, vais-je rédiger ma lettre de démission.

 

 

 

Douceur d'un matin de la haute enfance. C'était si beau.

Le bruit de la mer a ceci de particulier qu'il nous replonge au premier matin du monde,

lorsque la première boulangerie avait ouvert ses portes

et que les premiers hommes avaient découvert le premier croissant au beurre,

encore chaud, à l'angle des rues Mouffetard et de l'Arbalète.

 

Eric Faye

 

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