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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 22:12
Au sud de nulle part


« Moi, Buko, je l'aime », me dit-elle.
Et moi: ne cherchant plus alors l'orient d'Eden.
Mais elle.


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Bukoplagie (sans scrupule)


D'accord, je suis un type à problèmes. D'ailleurs, je me considère comme responsable de la plupart de mes problèmes. Je veux dire avec les femmes, le jeu, mon hostilité envers des groupes d'individus – plus important est le groupe, plus dévastatrice est mon hostilité. Quotidiennement, je me rappelle la femme qui m'a hurlé au visage: « Tu es tellement négatif, bordel ! La vie peut être belle ! ». Un bon médecin est souvent désespéré et/ou frappé, et par conséquent beaucoup plus réjouissant. Les femmes sont fondamentalement givrées, seuls les hommes souffrent. Tout le monde était normal, ils pouvaient tous faire la queue sans souffrir, ils pouvaient faire la queue jusqu'à leur mort, ils y prenaient même du plaisir ? Sauf moi. Et puis j'ai réalisé que tout le monde souffrait en permanence, y compris ceux qui faisaient semblant de ne pas souffrir. J'ai jugé ma découverte importante. Homme, 49 ans. Divorcé. Comptable à temps complet. Cherche à rencontrer femme en vue mariage.



Matin de Paris, matin de bistrot du quartier,  gare du nord. Il entre, bien sur lui, la casquette neuve. Un ami le hèle du fond de la salle, mais lui, au comptoir, clairement, devant son café: « je n'ai plus bu d'alcool depuis six mois ». L'homme brutalement sortait du cadre, par surprise, sans demander. L' « ami »  alors de surenchérir, se confortant, dispensateur assuré de conseils standardisés: « bravo, ça se voit, tu sais,  tu vas voir, pour le boulot, tu vas remonter, regardes, déjà, etc, etc... ». Lui: ? « Oui, je suis encore jeune, c'est une question de travail maintenant bien sûr, c'est seulement maintenant que j'aurais dû commencer à vouloir réaliser mes projets, c'était trop tôt avant, bien sûr, maintenant seulement je suis prêt, j'ai confiance, oui ». Mais sitôt « Monsieur » parti et la porte revitrée sur la rue, l'"ami " : « De toutes façons, ils récidivent, ces gens-là ». La patronne, enchaînant: « Oui, qui a bu boira ». Et à l'habitué, docile, toujours bien envitré, lui: « Vous prendrez un cognac, après le café » ? Bande de cons... En plein Buko... Reprenons...


Chaque écharde m'envoyait des spasmes douloureux. Je ne peux pas dire que je haïssais le monde des hommes et des femmes, mais je ressentais un certain dégoût qui me séparait des artisans, des commerçants, des menteurs, des amants, et maintenant des dizaines d'années plus tard, je ressens ce même dégoût. Bien sûr, cela n'est que l'histoire d'un homme, ma conception de la réalité. Si vous poursuivez votre lecture, la prochaine nouvelle sera peut-être plus gaie. J'espère.

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Il en avait eu ras le bol et il s'était tiré, point final. Le divorce arriva assez vite, l'alcool arriva assez vite, et brusquement il se retrouva dans le vide. Il ne possédait rien, il découvrit que le dénuement aussi était difficile à assumer. C'était un fardeau d'un autre style: si seulement il existait une solution intermédiaire acceptable (efficace). Apparemment, on n'avait le choix qu'entre deux voies: persévérer dans l'arnaque ou devenir clochard. Walter leva les yeux. Il la reconnut. Il ne répondit pas. Il regarda le barman et le barman s'avança vers eux. Ils se connaissaient tous. Le type n'avait pas une gueule inoubliable, à vrai dire il n'avait pas grand chose d'inoubliable. Pourtant les zombis qui restent longtemps à la même place acquièrent parfois des miettes de pouvoir et de prestige. Je ne veux pas voir leurs culs s'aligner devant moi au garde-à-vous, je ne veux pas être leur copain, je ne veux pas entendre leurs blagues vaseuses et toujours à l'identique, la mort, tuer, ne rentre pas en compte là dedans, je ne veux pas de leur ordre égal de futurs responsables de supermarchés: je retrouve enfin la rue et sa liberté, là où nos pères, de leurs porches, impotents, sans travail, nous regardaient nous dérouiller.


D'après Charles Bukowski
Au sud de nulle part

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