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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 16:43
"toujours à jeûn comme la flamme"
Friedrich Nietzsche



Stephan Zweig nous emporte. D'un côté de la carte philosophique, élaboration  d'autant de concepts qui protègent du chaos, et chacun forgeant le sien sur lequel, une vie durant - mais rien qu'une vie, et rien qu'un concept - on  tirera des bords, on gagnera le calme de rives dont on ne connaîtra rien de l'océan, abandon. On est en compagnie de Kant, époux fidèle de dame Connaissance pure, et de ses enfants Schelling, Fichte, Hegel, Schopenhauer. On est en bourgeoisie et en volonté d'ordre - toute germanique ajoute encore Zweig -. On est germain de Leibniz, encore. Mais le monisme n'y peut mais, ou plutôt le monisme oblige au filtre sur le tout: on est du côté du concept-rempart, du côté du comprendre, on se dit scientifique, et on est sans doute scientiste, et une nouvelle transcendance vient bien vite à l'aide d'un Dieu que l'on avait cru bousculer. On est linéaire, d'autres poursuivront, de là où on s'est arrêté.

Mais voilà un corps qui perçoit, et l'on bascule dans l'immanence; mais voilà Nietzsche qui "perçoit physiologiquement les entrailles de toute âme", par cette mise à vif des tuniques internes de son corps hyperstimulé. Nous voilà avec les mystiques rhénans, et peut-être Pascal, "toujours à jeûn comme la flamme"; toutes les épouses de la connaissance l'excitent, et on ne peut retenir Nietzsche dans sa quête torrentueuse... le concept gagne en dimensions, pert en contour, le concept devient... chaotique. Bergson et Deleuze approuveront. Nous voilà non-plus dans le concept qui borde, ordonne, mais le concept en accès au chaos; nous voilà dans le sentir et non plus le comprendre, dans le saut d'un état l'autre, il faut faire le saut, plus de trajets-arrêts, mais un rendez-vous permanent et obligé, le rendez-vous des maudits et des hérétiques...



Et celui qui a la prétention (...) de s'arracher par la violence aux réseaux de liaisons et de conventions tissés par les siècles entre, malgré lui, en opposition mortelle avec la société et la nature, (...) dans une guerre superbe mais sans espoir.

Stephan Zweig

Nietzsche, 1930

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