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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 09:48

"Synaptogénèse sélective":
au cours du développement embryonnaire et des premières années de la vie (et même, on le sait depuis peu, lors de l'adolescence) chaque être humain développe un réseau neuronal déterminé par son "enveloppe génétique"1, présentant des variations modérées dans le cadre de l'espèce. Ce système dit "redondant" ou "exubérant"  (toutes les liaisons possibles entre neurones sont établies) va être modelé par mort cellulaire, les circuits non stimulés vont régresser, par dégénérescence des arborescences, par mort de certains neurones ("inutiles" et délaissés ou "dangereux"
2 et stimulés de façon inadéquate), sous l'influence essentiellement des interactions des toutes premières années entre l'enfant et son environnement. Notre connectivité résiduelle est épigénétique à partir d'un modèle génétique, notre variabilité est induite à partir de notre contexte social, sur la base d'un schéma commun qui relève du "toutes connexions possibles": l'environnement dictera ses voies à l'individu de l'espèce. Mais qu'en était-il de ce réseau premier, "exubérant" ?


"Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres". Dieu les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.
(La Bible de Jérusalem)


Cette connectivité initiale exubérante, pansynaptique, pourrait être celle du langage des dieux, cette purée verbale inclivée qui est aussi celle de la manie4, et tous les "inclivés" de l'espèce, de toujours, sont alors ces fous-inflammatoires, délirants, non pas par résistance ou desespérance au social, mais par un pré-social qui aurait préservé le langage premier3: la folie aurait bien une préhistoire ou plutôt un protolangage, mais qui ne résulterait pas de particularités innées des individus, mais bien de l'enveloppe génétique de l'espèce, non passée au crible du social: une folie "négative", peut-être, ou plutôt a-sociale, mais dans l'acceptation pleine du a- privatif indo-européen, une folie en contrepoint du social. Celle de ceux qui ont préservé leur "redondance", sont restés panconnectés, avant même que le bistouri du social n'opère leurs circuits: l'hyper-lésion de la psychose serait en amont de toute lésion...


Nous proposons que cette folie-contrepoint du social, présociale, ouverte à toutes les interactions et même les plus "inutiles" et les plus "dangereuses",  corresponde à la forme inflammatoire de la vie, de la mort6, de la douleur5, tandis que la folie résistance-désespérance au social corresponde à la condensation réactive des limites du sujet face à un social qui étouffe, repousse, limite, et finalement exclut et enferme3. Dans cette hypothèse de travail, la folie neurobiologie (scientifique) pourraît ne pas être la "détermination" génétique (récupérée par le biopolitique) et qui fait sournoisement retour, mais bien la
possibilité pure, le "degré zéro" de la psyché.



De quelle thérapeutique-pentecôte peut-on espérer - ou interdire - le retour à l'unité de l'espèce ? “La Tour de Babel n’est pas le dernier mot de la doctrine chrétienne du langage. Un autre épisode fait écho, dans le Nouveau Testament, à la tragédie de la Genèse. C’est la Révélation de la Pentecôte, le Saint-Esprit descendant sur les apôtres et leur conférant le don des langues. Ainsi se trouve compensée la dissociation primitive, par le retour mystique à l’unité7.


Inclivés-maniaques de toujours d'une part, autistes sociaux de l'autres. Expansion versus condensation. Deux folies ? Et sans le social hors service des Dieux, tous, pansynaptiques, atteindrions-nous à la folie divine, connexion totale, avant-même le premier signe d'un partiel ? Et la sexualité qui fait retour à l'androgyne primordial, non clivage des chairs, permet-elle le retour sans le passage par cette douleur du pansynaptique, permet-elle  - par le corps sans organe -  le corps sans neurotique ?8


Aux antipodes du Dieu, le Biopolitique pourtant se débat pour imposer son langage de plus en plus appauvri, de plus en plus clivé, infralangage de massification des sujets, dernier verrou à fermer.






1. J.P. Changeux, L'homme neuronal, Fayard, 1983
2. J.C. Ameisen, La sculpture du vivant, Seuil, 1999
3. Les "fous de toujours" de C. Quétel  (Histoire de la folie de l'antiquité à nos jours, 2009) et non les relégués-résistants sociaux de M. Foucault (Histoire de la folie à l'âge classique, 1972)
4. O. Douville, lien
5. E. Ledru, La douleur et le spectre de la dispersion, 2008, lien; Inflammation, mort, psychose: deux directions pour mourir et le balancier de la douleur: lien
6. G. Deleuze et F. Guattari, Qu'est-ce-que la philosophie ?
7.
G. Gusdorf, Pentecôte : le retour mystique à l'unité
8.
Hypersocialité ou animalité de la jouissance, qui nous expliquerait la maladie sans lésion ?

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