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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 20:07

Galien tombait à pic en son nouveau dictionnaire des termes techniques de médecine. De médecine ? Non, car Galien se préoccupait, lui, des maladies. Et ce n'est pas simple exercice de style.


Galien et les médecins ayurvédiques se rencontrèrent. Où et comment, nul ne sait, et l'on parle donc d'étonnantes similitudes entre les deux doctrines médicales qui peut-être n'en étaient qu'une. Médecin conjonctif à la nature, Galien introduit cependant une notion qui ne se retrouve pas dans la médecine traditionnelle de l'Inde: l'organe. La médecine ayurvédique reste celle des tissus et des rasas (humeurs), Galien distingue en outre des organes en tant que supports des activités (l'oeil est le support de la vision):

Je donne le nom d'"organe" à un secteur de l'être vivant capable d'accomplir une activité.

On dépasse la simple résonance avec la nature et on aborde l'influence sur cette dernière. Toute une définition de la maladie suit alors. Tout un débat enfle, car les médecins ne s'accordent pas: faut-il considérer le corps et son atteinte, ou faut-il considérer l'activité et sa perturbation, pour parler de maladie ? Pour Galien, le débat lexical qui fait alors rage (entre ceux qui pensent que les dispositions physiques des corps sont les états maladifs et ceux qui croient qu'ils se constituent dans les nuisances infligées aux activités) est cependant superficiel car c'est l'appréhension globale de la maladie, dans ses causes, ses atteintes physiques, ses conséquences, qui est fondamentale pour le médecin:

... la disposition physique est la cause, tandis que l'activité est l'effet de la disposition physique (...) (Cependant) bien guérir les maladies dépend non pas des termes, mais de la juste appréhension des choses.

Et les méprises de certains médecins ont une cause unique, le non-entraînement à la méthode logique, qui fait parfois privilégier l'expérience, et parfois le raisonnement, au détriment d'une connaissance "globale":

... quand à l'occasion il leur manque une connaissance sur une chose très importante, ils se figurent qu'il leur manque la connaissance d'un terme.



"Tout est là" pour Galien: appliquer un traitement qui s'apuie sur une conception globale de la maladie, et non se demander quelle fraction de l'ensemble (cause / atteinte / activité) choisir comme siège de la maladie; la santé en proposition conjonctive dont une seule proposition altérée altère l'ensemble, suivant les stoïciens1.



Le handicap en maladie du mouvement, ce mouvement qui, actif ou même passif pour les stoïciens
, est caractéristique de vie. La maladie en altération du mouvement:

Et s'il est vrai que le mouvement volontaire c'est la bonne santé, la maladie, je suppose, sera peut-être la convulsion, la palpitation, la paralysie, le tremblement, et, pour résumer, tout ce qui supprime complétement le mouvement volontaire ou bien l'entrave en quelque manière.


La maladie ou la santé en conjonctive vraie, en conjonction (causale - anatomique - conséquente), n'est pas, quel que soit la virulence du débat, quelle que soit l'époque du débat, simple disposition physique, ni simple nuisance à telle ou telle activité; la maladie est concomitance entre cause, disposition physique et conséquence2. Mais comme, dit-il, "personne ne soigne la claudication", mais bien sa cause, l'inflammation, comme, donc, la thérapeutique concerne bien la disposition physique et non le symptôme, cette perturbation de l'activité, comme son rôle de maître est d'enseigner la thérapeutique à des disciples, et dans une perspective didactique, "toutefois, il sera sans doute nécessaire d'attribuer aux choses des termes". Et, comme à regret, craignant de porter atteinte à l'unicité d'un concept qu'il convient d'atteindre par la compréhension et non par la rhétorique, il déclare: "que la disposition physique qui entrave l'activité reçoive donc le terme de "maladie"; tout ce qui lui est consécutif, celui de "symptôme"; ce qui en est l'ouvrier, celui de "cause". Les craintes du maître étaient fondées: le monde occidental alors naissant se focalisera à outrance sur la disposition physique...


Notre propos était momentanément de corriger l'ignorance de ceux qui ne connaissent pas le nombre total des contiguïtés dans le présent sujet.



Les législateurs de 2005, redéfinissant le handicap, non plus sur la base de la pathologie de tel ou tel organe ou de telle ou telle atteinte de l'intégrité corporelle, mais en termes de déficiences dans les activités de la personne, s'éloignent d'une techno-médecine restreinte au  corps pour retrouver, par delà le tournant anatomo-pathologique du XVIIIè siècle, une dimension globale de la santé. Le traitement social étend la définition de la maladie au symptôme, au risque cette fois peut-être de "snober" l'atteinte physique. Sans vouloir, sans doute, s'arroger l'accès à la connaissance globale de la maladie, cette intuition du médecin conjonctif, rebelle à toute "evidence based medicine", le traitement social se donne-t-il cependant en outil du biopolitique, les victimes supplantant les malades ?


Retour au moment conjonctif de la médecine:

Galien
Méthode de traitement
Gallimard, 2009

Traduction intégrale et inédite du grec par Jacques Boulogne




sur le corps sans organes: le corps, un volume en perpétuel effritement

sur la conception ayurvédique tissulaire et les rasas: RASA, le suc des poètes
sur la méthode logique: magie, homéopathie, eucharistie
sur le mouvement en définition du vivant: mais où est la pierre ?
sur la loi 2005 sur l'égalité des chances et le handicap: lien






1. La santé, phénomène social total, n'abordera que la causalité de la maladie, sans considérer dans une même équation toute la chaîne causale et conséquente comme le faisaient Galien et les médecins ayurvédiques.
2. Galien, précurseur en celà de Ch. Nicolle, envisage  même l'existence de maladies cliniquement "muettes", sans conséquences fonctionnelles...

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Published by panopteric - dans médecine conjonctive
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