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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 15:41
Notes de lecture autour de:

Y. Prost
L'intégration des immigrés en France
Etudes, mai 2009, n° 4105, 617-26


(un déclic, une révélation, une évidence qui fait, à la lecture de Prost, que l'on se dit "c'est tellement évident, pourquoi n'y ai-je pas pensé avant?": la crainte de l'immigration n'est qu'un avatar du malthusianisme !!!)


"La cohésion nationale est-elle menacée ?" osèrent proférer ceux de l'actuelle majorité présidentielle, avides de gagner puis de conserver des voix que refuse d'entendre  usuellement une République honnête ? Les corrélats de cette assertion-interrogation honteuse:




<> les réticences d'une société malthusienne

Il existerait, dans le registre des conservateurs, un "seuil" de population au-delà duquel les ressources générées ne seraient plus suffisantes à la population; ce seuil est jugé incalculable et même infondé par les progressistes, pour qui l'immigration est donc économiquement une force positive. Vieux débat, donc.
Un fait probable: le flux migratoire serait supérieur à la croissance démographique naturelle, et le faux-problème économique n'est sans doute qu'un non-dit d'une peur culturelle. Une politique française d'intégration des étrangers à des "normes" françaises est donc "nécessaire" pour "sauvegarder" ces valeurs (dans l'"oubli" que toute évolution des peuples s'est faite grace aux échanges transculturels):




<> des obstacles à l'intégration 
(un playdoyer pour une discrimination positive ?)



Très peu   de moyens sont alloués en fait à l'intégration... (la machine à intégrer est en panne, titrait Le Monde il y a quelques années). Considérant le phénomène d'"hysteresis spatiale" (concentration géographiquement des immigrants en Ile-de-France, en Rhône-Alpes, en PACA; concentration dans les quartiers les plus relégués; déqualification des personnes étrangères sur le marché de l'emploi (maîtrisard manoeuvre, médecin infirmier, etc...); difficultés de mobilité; faible accès à l'information; excès de chômage dans cette tranche de population; immigration en "réservoir au capitalisme", en palliatif de secteurs professionnels déjà sous tension, soit autant de facteurs tendant au confinement des populations immigrées dans des ghettos sociaux, considérant donc ce phénomène auto-entretenu, en boucle, et afin d'éviter de prôner une politique de discrimination raciale, confrontés de plus aux tensions en banlieues, les pouvoirs publics ont mis en place non pas une politique d'intégration, mais une "politique de la ville" qui n'est en fait qu'un saupoudrage de moyens,  dilués dans des quartiers  très divers ...où parfois habitent très peu d'immigrés !

La montée d'une classe moyenne d'origine étrangère mais silencieuse, souhaitant "être Français comme les autres", et "oubliant leur différence", voire... évitant les nouveaux immigrants ! (un espoir intégratif à long terme ? pas en "snobant" les premières générations d'immigrés...).



<> L'instrumentalisation des peurs ou des naïvetés


La ségrégation dans les" ghettos sociaux" favorise des dérives communautaires. Mais
la révolte de l'homme superflu est en fait une révolte d'individualistes (cf. lien "éclats de violence"), à faible politisation; la quête islamiste est un phénomène minoritaire, bien que spectaculaire. Les jeunes de banlieue cherchent à s'insérer dans la société de consommation, et ne la remettent pas en cause (peut-on certainement regretter).


Les médias et les pouvoirs distillent l'image d'une population "superflue", inutile, d'une nouvelle "classe dangereuse", martèlent l'amalgame de la question sociale (violence urbaine, délinquance) et de la question immigrée.
Un Ministère de l'"identité nationale" (mais existe-t-elle ??) est donc créé... Les pouvoirs font appel au retour à l'ordre moral et à la seule répression de la criminalité, ce qui accentue encore la stigmatisation...

N'importe quel étudiant en statistiques se ferait recaler en beauté à son examen s'il concluait à une  corrélation entre criminalité et densité d'immigration, ayant négligé le facteur social de confusion. Mais nos dirigeants sont soient incultes, soient manipulateurs, soient eux-même manipulés.




<> En conclusion

 Y. Prost suggère que l'intégration de la "vague mondiale" de l'immigration peut-être réalisée, elle est sans doute en voie de l'être (sic), mais casser la courbe vicieuse désespoir/violence/répression/stigmatisation/désespoir/..., qui perpétue l'image d'une nouvelle "classe sociale dangereuse" confondue avec celle des jeunes immigrés ou d'origine immigrée, nécessite un renforcement des politiques sociales (développer la participation politique de base des jeunes, encourager l'engagement citoyen qui se manifeste déjà lors des élections, favoriser le débat local) et une lutte contre les discriminations.



- Pour prolonger la réflexion, voir aussi dans la revue Esprit de mai 2009 l'article de Yazid Sebag (Commissaire à la diversité et à l'égalité des chances), suivi d'un débat, sur les "statistiques ethniques";

- à confronter aussi aux fondements de la récente révolte antillaise, qui elle prône une rupture politique et non un "simple" traitement social.


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Published by panopteric - dans révoltes de papier
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commentaires

Jeu d'échecs 07/05/2009 03:14

Le "dessous des cartes" a fait une bonne émission montrant qu'il n'y avait pas de problème d'immigration mais que celui-ci était instrumentalisé à des fins politiques.
Celà rejoint donc ton point de vue et le mien.

Yves

panopteric 07/05/2009 10:28


oui, mais le "français moyen" écoutant la télé reste persuadé que le migrant est cause de chômage et de violence... grâce à la mouvance le pen, relayée par jospin puis chirac et sarko, dans leurs
politiques "sécuritaires" à des fins électorales... Mais peu-à-peu les gens s'informent, et ça bouge...
Merci pour tes avis
eric