Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 10:40
Le pas de côté est donc résistance: il est politique.
Le pas de côté est invention du quotidien: il est social.
Le pas de côté est invention (au sens archéologique, dé-couverte) de Réel supplémentaire: il est mystique, orient de tout.




Cet essai est dédié à l'homme ordinaire. Héros commun. Personnage disséminé. Marcheur innombrable (...). Ce héros anonyme vient de très loin. C'est le murmure des sociétés.
De tout temps il prévient les textes. Il ne les attend même pas. Il s'en moque.


M. de Certeau
L'invention du quotidien
1. Arts de faire
Gallimard, 1980



"L'Invention du quotidien
est un livre inclassab
le (...). On peut le taxer d'utopie, d'empoétisation du quotidien"1, si l'on cède à une attitude de surplomb, ou aussi bien à un émerveillement irréaliste. Mais l'important est bien la pensée du consommateur et de ses tactiques pour contourner la domination d'autrui: il existe, il pense, il invente, il braconne. Foucault analysait le système panoptique, ce lieu qui regarde d'en haut, Derrida s'interrogeait sur l'observateur, Certeau, le troisième post-moderne du couple, parle depuis le marcheur anonyme. Le pas de côté, par dilatation de l'espace des sens, est passage tourmenté, et Certeau nous en tient la porte ouverte. "La démarche certalienne est manière à nulle autre pareille de refuser les affrontements par une pratique incessante de l'écart, du pas de côté(...). Nul évitement mais bien plus désir de penser toujours d'avantage, jusqu'au point de rupture parfois1". L'apaisement en effet ne viendra pas au terme d'une dialectique entre deux positions antinomiques, il ne se dégagera aucune synthèse rassurante, nous dit encore R. Marion-Veyron: le double de Certeau, J.J. Surin, perdra la raison en cheminant jusqu'à l'extrême avec Jeanne des Anges, la prieuse possédée: il s'agit bien de "penser à nouveaux frais" un univers.



Le patient aussi fait de la résistance, et pas seulement par son symptôme, mais par ses tactiques en réponse aux stratégies parfois paternalistes du corps soignant, dans ce lieu de l'institution médicale où il n'est que de passage. Et par la rébellion parfois de la maladie du malade, malgré l'aspect bénéfique de soins, refusés. Canguilhem pressentait bien dans la "compensation" à la maladie, au déficit, un déploiement de possibilités encore non-exploitées, restées à leur "degré zéro, une invention du réel du sujet dans l'adaptation à sa maladie3.



Entre des valeurs du discours, une  opinion publique (croyance, rumeur), et des pratiques institutionnelles: quelle articulation ? Quelle conjonction, plutôt que causalité, dans un moment historique, dont l'étude ouvre l'infini de singularités locales2 ? Plutôt que des "fixations" idéologiques, nos représentations doivent se juxtaposer avec des événements précis, et la naissance d'une association (sans qu'on puisse évoquer une influence du discours sur le comportement, ou l'inverse) indique que quelque chose de nouveau survient4.



1.
R. Marion-Veyron
 
L'antipsychiatrie revisitée par l'oeuvre de Michel de Certeau
 Evol. psychiatr. 2004, 69: 113-17

2. M. de Certeau
La fable mystique, I
Gallimard 1982

3. G. Canguilhem
Le normal et le pathologique
1943

4. Voir aussi A. Green et la recherche dans la cure de ces conjonctions sujet-objet, reconstruction d'une chemin propre de chacun dans le "temps".

Partager cet article

Repost 0

commentaires