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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 12:21
Il me chantait à la veillée de mes huit ans et je ne savais pas, je recevais.
Chemins croisés, perdus, vagués; nocturnes indiens, longtemps.
Et puis un soir un retour sur moi-même: Allwright chantait Aurobindo... !

Graeme Allwright, Jeanne d'Arc

La Lumière est partout dans l'oeuvre de Graeme Allwright: Le Jour de Clarté, Ombre, Transformation Blues, Lumière, etc... Cette lumière intérieure qui l'habite et qu'il tente de nous faire partager, "still touring", doit beaucoup à la rencontre spirituelle entre le chanteur et "un grand penseur hindou", comme il le convoque sur scène, Sri Aurobindo. Rien de fortuit, rien d'un accident de parcours, mais depuis longtemps un chemin en compagnie de philosophes - certains diront de mystiques - (Teilhard de Chardin, Maître Eckhart, François d'Assise, Le Bouddha, etc...) qui tous refusent la vision de notre existence réduite à ses aspects matérialistes  et nous incitent à nous préparer à recevoir cette Lumière dont nous sommes séparés.

Poems by Sri Aurobindo
 recited by Graeme Allwright
the legendary French folksinger born in New Zealand


Aurobindo (1872-1950) s'oppose à la colonisation anglaise du monde indien, mais considère aussi que la non-violence pronée par Gandhi ne peut être efficace. Il fait le constat de l'échec du mode de développement économique occidental, vide de sens et source de conflits guerriers (une époque qui s'est résolue à vider la vie de son sens en transformant la terre en une espèce de fourmillière ou de ruche magnifiée), et il prône des actions de développement durable (Il est louable de couper des branches dans l'arbre de douleur d'un homme, mais elles repoussent; prêter main-forte à cet homme pour retirer les racines de cet arbre est une façon d'aider encore plus divine). Après un séjour dans les geôles anglaises, où il fait une expérience spirituelle, il fonde à Pondichery l'ashram où, retiré de la vie publique, il développe sa doctrine: l'homme n'est qu'à un stade bien imparfait de son évolution, et le développement de ses capacités spirituelles doit aboutir à l'éveil d'une supraconscience, mental de lumière, connaissance directe du divin. Il élabore un Yoga intégral qui doit permettre à chacun, par un travail sur soi-même, la progression vers ce nouvel état, de faire descendre en nous par l'union avec la mère divine toute la lumière. L'originalité de son enseignement est qu'il ne s'agit pas uniquement d'aller vers le divin dans un but de libération du corps, de la matière, mais aussi d'assurer le mouvement inverse, l'accueil en soi de l'énergie divine, divinisation de la matière, réalisation. Le mysticisme d'Aurobindo est "actif", cherchant à modifier le monde d'ici-bas, sans fuite dans une immatérialité impalpable.



La Mère, compagne d'origine française de Sri Aurobindo, créera après le départ de ce dernier, près de Pondichery, la cité d'Auroville, qui doit allier modernité et philosophie de Sri Aurobindo. Le projet est soutenu par l'UNESCO. Graeme Allwright a fait de nombreux séjours en Inde et contribué pratiquement au reboisement d'Auroville, zone aride qui fut transformée par ses pionniers en forêt tropicale. Cette cité utopique est une des rares expériences communautaires des années 1970 - sinon la seule - à survivre quarante ans après sa fondation. Expériences écologiques, architecturales et spirituelles s'y cotoient dans un climat de non-dirigisme et de liberté individuelle. Graeme Allwright, qui croit fortement en la philosophie d'Aurobindo, critique cependant certaines dérives élitistes ou sectaires de la cité, et considère que "si l'homme nouveau doit venir, pourquoi serait-ce en un lieu spécifique et non partout ?" Cependant, comme Aurobindo, Allwright a évolué d'un engagement plus politique (engagement antimilitariste lors du "Larzac", contenu révolutionnaire de ses premiers protest-songs) vers une recherche plus spirituelle, un combat plus intérieur: "le système capitaliste, basé sur le seul profit, n'a pas d'état d'âme. L'homme n'arrivera jamais à une justice sociale pour tous par les moyens matériels (...). On ne peut s'en sortir que sur le plan spirituel".


Certaines des chansons de Graeme Allwright reprennent des textes d'Aurobindo ou en sont directement inspirés. Lumière, réguliérement chantée en concert, est ressentie comme une véritable profession de foi du chanteur:


The children coming through the haze, coming to the final phase of evolution...


La chanson My cells are changing est elle directement inspirée du yoga cellulaire de Mère. Parmi les autres textes "aurobindiens", on a par exemple Le monde se prépare a un grand changement, Nirvana, Sun song, Transformation blues:

Dans la matière s'allumera la radiance de l'esprit,
en chaque corps brûlera la naissance sacrée
.



Graeme est conscient que ces textes très chargés spirituellement peuvent parfois "mal passer" en concert, mais, dit-il, "si je touche une seule personne, c'est positif". Et, c'est sûr, nous sommes bien nombreux au fil de ses concerts à être touchés de la façon que décrivait si bien la Mère: ces minutes de contact avec l'âme sont souvent celles qui marquent un tournant décisif dans une vie, un pas en avant, un progrès de conscience.

Un des derniers darshan de La Mère à l'Ashram

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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commentaires

SabineBarok 05/04/2009 20:51

Oui, le I'm OK, you're OK est possible (donc la Paix).

Car une personne n'est pas ses comportements.

Une personne est OK même si ses comportements ne sont pas tous OK tout le temps (i.e., ce n'est pas parce que tu fais quelque chose de pas OK que tu n'es pas OK en tant que personne - seul le niveau de conscience spirituel peut vraiment servir de support à ce principe. Selon ce principe il est possible à la fois de ne pas juger les autres ET de se protéger contre les comportements destructeurs.

Une personne a le loisir de changer de comportements au gré de son libre arbitre. Évolution.

Personne de parfait, cependant, ce qui n'empêche personne d'être OK.

Je dis choisir ses comportements, car on ne choisit pas ses émotions, on les accueille (dans le meilleur des mondes)ou on les rejette (et là ça va mal, surtout si on refoule).

Si on les rejette les émotions refoulées contrôlent les comportements à l'insu du conscient. Si on les accueille, ensuite on décide de se comporter de telle ou telle façon, selon ce qui semble le plus approprier sur le moment.

Les émotions elles-mêmes sont direcement influencées par l'idée que l'on se fait de la situation et non par la situation elle-même, comme l'illusion de la réalité le laisse penser.

Exemple : une personne renverse un verre d'eau sur nous. Selon l'idée que l'on se fait de la situation, on pourrait être tour à tour en colère ou reconnaissant, si par exemple, on croit que la personne l'a fait pour nous insulter et ensuite on se rend compte que le feu était pris dans notre poche de veste. :-) Alors qu'en réalité l'eau est arrivée là par hasard parce que quelqu'un s'est pris les pieds dans une chaise et viens de s'étaler en pleine face sur le plancher et vient de se casser le nez et les lunettes. L'émotion ressentie est alors compassion et sollicitude. On aide l'autre à se relever, malgré le fait qu'on soit quand même son arrosé.

Toutes les émotions sont OK, bonnes à accueillir et à être reconnues (même celles qui ne sont pas socialement bien vues, sur le plan spirituel, ça ne compte pas) mais elles n'ont pas nécessairement à commander les comportements automatiquement.

Seuls les comportements sont ou ne sont pas OK.

Qu'est-ce qui détermine si un comportement est OK ou pas? Dans un monde en Paix, ce devrait être décidé selon le niveau de conscience le plus élevé qu'un être humain est capable de concevoir.

C'est pourquoi on en revient toujours au travail individuel sur la conscience en interaction avec l'élargissement de la conscience social.

Et c'est pourquoi, je suis d'accord avec Graeme : Auroville est partout. L'élévation du niveau de conscience se fait partout, c'est l'évolution.

Chacun le fait à sa façon propre et originale. Même si ça veut dire de s'installer à demeure à Aurobille, par exemple ;-)

Il n'y a pas "une bonne réponse" mais plusieurs bonnes réponses uniques.

SabineBarok 05/04/2009 17:53

Graeme est véritablement un porteur de révélations.

La Paix est possible.

Évolution. Agressivité nécessaire à la Vie, oui. I agree. Agressivité n'est pas synonyme de violence. et Non-violence n'est pas l'équivalent passivité.

Ghandi et Sri merci et évoluons depuis.

La Paix n'est pas l'apathie, elle est Énergie.

Schéma de communications :

I'm OK, you're OK : possibilité de négociations satisfaisantes pour toutes les parties en causes. Grands gagnants, petits gagnants parfois, rien de parfait, un équilibre toujours en rééquilibre. Possibilité de Paix.

I'm OK, you're not OK : Patron de pensée de type nazie mais qu'on retrouve à plus petite échelle moins toxique plus souvent que nécessaire dans les communications ordinaires. Provoque nécessairement des affrontements fréquents. Peut générer la soumission (anti-vie, alors que la rébellion et l'agressivité sont des sursaut de Vie) jamais la Paix.

I'm not OK, you're OK. Pas viable à long terme. Il a dit "Aime ton prochain comme toi-même". Le toi-même étant la condition sine qua non, le point de départ du voyage. Sinon, rien. Pas de Vie, donc de Paix possible.

I'm not OK, you're not OK : No comment. Ça se passe de commentaire. Luttes d'egos pour la survie. On n'a même pas commencé à Vivre ici. La Paix est utopie pure et simple sur cette longueur d'onde. C'est pourquoi toutes les traditions insistent sur l'important travail sur soir, microcosme inter-relié au macrocosme en relation dynamique.

Chercher des solutions gagnants-gagnants dans les différents et les conflits dans le respect de soi-même et de l'autre (I'm OK, you're OK) est une manifestation de Paix.

Peu importe que l'agressivité entre en compte - et il est probable qu'elle se manifeste, puisque sans agressivité pas de Vie - mais l'agressivité n'est pas la violence lorsqu'elle ne vise pas à contrôler l'autre ou le détruire.

Tant qu'une partie ne se met pas à "jouer" pour "gagner" au détriment des autres, la Paix est possible. Si les autres joueurs sont assez forts pour contrôler le furieux sans utiliser un excès de force, la Paix est possible.

Il ne s'agit pas d'être passif, mais d'être vivant - donc agressif - de façon à optimiser sa vie, celles des autres, la Vie, pour "faire court". "Choisissez le Royaume de Dieu et tout vous sera donné par surcroit". Il faut pouvoir assumer de ressortir ces vieilles métaphores religieuses chargées du poids de tant de... J'assume, ça évite de réinventer la roue.

panopteric 05/04/2009 22:54


utilité et tolérance d'une sorte d'agressivité vers l'autre mais sans calcul sur l'autre ? peut-être...
(une "pensée" de type nazi, c'est une non-pensée: un mal sans haine, absolu... un calcul sans autre)


TAILLE-CRAYON 04/04/2009 16:37

Petit coucou... A un blog où j'aime revenir... car il est sympatique ..
A bientôt....

Lorent et ses 2900 trésors les tailleS-crayon...

panopteric 05/04/2009 00:33


merci beaucoup ! à défaut de taille-crayon, il y a une gomme chez graeme allwright:
"gomme petit bonhomme" !