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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 17:25

A. Badiou nous rappelle, dit C. Preve dans son analyse "Philosopher au marteau: Badiou et le Siècle" (Les Lettres françaises, janvier 2009)
que "l'inflation moraliste contemporaine" portée par tous les tenants de la théorie du "totalitarisme" s'accompagne nécessairement d'un défaut de la pensée.



A Septième Vague, cette remarque a donné lieu à un "coup de rasa" salutaire, chère Sarah, un coup responsable d'un déplissement qui doit donc s'exposer ici: car nous ne sommes que sur un blogue*...



Admettre son animalité en dogme (par exemple: H. Arendt, La banalité du mal), admettre la pulsion de mort par trop constitutive de l'individu (par exemple: S. Freud, Malaise dans la culture) c'est se résigner à une sociobiologie de fourmis, c'est accepter le génocide organisé de l'autre qui est en nous. En d'autres termes, l'engobe totalitariste du XXè siècle ne peut rester excuse à une résignation de la pensée: ce serait faire place trop belle à la société techno-médiatico-politique, et assurer ce déplacement de la ligne de partage qu'elle nous propose actuellement, du refus de l'acceptation de la différence des individus, hier, au refus des idées non normées aujourd'hui.

Il nous faut donc aller "au-delà du bien et du mal", pour reprendre la belle expression de M. Hulin (La mystique sauvage, PUF, 2008): pour Hulin, il s'agit finalement 'lâcher prise", de renoncer au conflit, d'abandonner le système de représentation qui nous délimite, nous membrane, pour retrouver pleinement la quiétude et la félicité de son appartenance au monde, de son ipséité diraient les stoïciens. La joie, félicité, est abolition des frontières aux autres et au monde; la souffrance, elle, ne tiendrait aucun discours, serait absolue, fragmentation, privée de toute essence, le registre du désagréable serait l'opacité: on retrouve bien ici l'inquétude d'A. Badiou. Mais la voie analysée par M. Hulin n'est-elle pas retrait du monde, et ne rejoint-on pas la critique faite par Freud aux "tenants" du sentiment océanique, celle de la régression ?

"Aller au-delà du bien et du mal" est-il possible alors "par l'avant" ? C'est peut-être ce qui nous est proposé dans les conceptions (ou pratiques) évolutives de Teilhard de Chardin (et de Sri Aurobindo), chez qui la "noosphère" ou la "supraconscience" sont outils de réalisations humaines et non de "fuite" dans un Nirvana. Alors les expériences extrêmes imposées à l'homme par l'homme au cours du XXè siècle, génocides, camps, etc... doivent nous amener à aborder non pas les formes archaïques de pensée qui bien évidemment sont toujours à l'oeuvre chez Homo sapiens, mais d'autres outils de pensée, outils sans doute déjà disponibles mais non mis en oeuvre, car "context-sensitive" comme le propose A. Ramanujan (Is there an Indian way of thinking ? An informal essay), dans son modèle d'un inconscient non pas archéologique comme le propose Freud (seules les couches les plus superficielles s'exprimant directement), mais où chaque "strate de pensée," non séparée d'une autre, mais s'exprimant dans le contexte adapté (selon le modèle deleuzien du Plan de Consistance, qui participe de toutes les strates, ou encore des "niveaux de conscience", à "discipliner par l'exercice spirituel", de Castaneda).

Peut-être aussi P. Levi, dans Les naufragés et les rescapés, quand il critique l'approche psychanalytique faite à la pathologie des survivants, approche qui veut utiliser les théories de la géométrie plane à la résolution des triangles sphériques,
alors que les mécanismes mentaux des déportés étaient différents, entrevoyait-il le possible de cette articulation nouvelle de la pensée aux faits.  Peut-être touche-t-on là, comme dans la clinique du traumatisme, à une limite également entrevue par S. Ferenczi, et où la fragmentation, mécanisme de défense et d'adaptation lié aux forces d'autoconservation, pourrait parfois faire place à un abandon total de la maîtrise extérieure et l'instauration d'un état au cours duquel devient concevable de se réconcilier même avec la destruction du moi, c'est-à-dire avec la mort, en tant que forme d'adaptation, délivrance, libération, trouver place dans un état d'équilibre supérieur,  peut-être universel.


Bref, Chère Sarah, nous voici donc revenus à notre point de départ, mais grâce à cette réflexion de Badiou, Septième Vague a pu poser  ses interrogations et évaluer ses ambitions... dire la question est sans doute l'essentiel. Comme toujours, quand deux alternatives semblent s'affronter (un retour à l'hylozoïsme de l'Inde savante, ou un saut dans un évolutionnisme un peu new-âgeux), il suffit de penser cycliquement: entre  la Gaïa perdue et l'homme, il y a l'étape de l'animalité du XXè siècle, mais au-delà de l'homme il y a sans doute également à retrouver, demain,  notre mode de relation à Gaïa.




* Un blog (mot-valise de web log) - ou blogue - est un site web constitué par la réunion de billets agglomérés au fil du temps, et souvent, classés par ordre déchronologique (les plus récents en premiers). Chaque billet (appelé aussi note ou article) est, à l'image d'un journal de bord ou d'un journal intime, un ajout au blog ; le blogueur (celui qui tient le blog) y délivre un contenu souvent textuel, enrichi d'hyperliens et d'éléments multimédias, sur lequel chaque lecteur peut généralement apporter des commentaires (définition Wikipédia).


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Published by panopteric - dans autographe
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