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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 14:17
Varian Fry


C'est fini hier, et pourtant c'était bien un noeud à atteindre, patiemment prévu, au cours justement imprévisible d'improbables fils. "Seule chance, soyez à la Halle à 10h00 précises". J'y étais. "Marseille, bredouillè-je". "Prenez tout votre temps". Comme les montagnards Afghans s'adressant aux soldats français de l'OTAN: "Vous, vous avez des montres; mais nous, nous avons le temps". Comme celà je l'ai pris. Dix heures précises, me répéta-t-elle au plus sérieux à 10h15, l'attendue. Surréalistes à Air-Bel, comme autant de dessins à la plume sur papier d'école de mon Père. Varian Fry sans doute en figure tutélaire. Les marches de l'escalier majestueux de la gare Saint-Charles. Que de Saints. La Fanette, Yasmina. C'est René Daumal, mon collègue du Grand Jeu, qui a donné l'alerte: appel impromptu de Fry (prononcer frit, mais penser liberté) qui est à Paris jusqu'à hier. J'obtins un rendez-vous, donc, ce matin. Trouver le jeu de Marseille de Breton*, en place de la guerre. Le jeu de la villa Air-Bel. "Art, Honte, et Espoir. Thanks Mr Fry" inscrirai-je sur le livre d'or en sortant. Mary Jane n'était pas là bien évidemment, j'ai bien cherché sur toutes les photos: il y eut donc un tri, par l'un ou l'autre. Plus tard, reviendra. J'ai vécu pourtant à Air-Bel. Mais dans quelle peau ? La catastrophe ne pouvait avoir lieu que ce jour là ouverte-fermée frontière, illogique, surréaliste. Des vies resteront en Pyrénées, d'autres oeuvres passeront.



(1) L'Hôtel Splendide, au pied de l'escalier, où Fry prit une chambre derrière, là où tout a commencé, asile et refus, l'hôtel de Fry jouxte l'Hôtel Beaulieu, mon repaire originel en ce Sud, dont il n'est séparé que par la pierre  d'angle du Little Palace d'alors;

(2) L'artiste Hans Bellner, hors-liste ou pas, fut proche en 1944 à Carcassonne de Joë Bousquet (squelette en quête de ses os) dont il fit un beau portrait, exposé au musée Cantini de Marseille. Bousquet, le corps retourné en doigt de gant et qui percevait l'univers, sans plus de filtre, ces deux là aussi préparaient ce bourgeon d'aujourd'hui, à la fois insensible passage et cristallisation massive. Thanks, Mr Fry;

(3) Jacqueline Lamba est l'ondine de l'Amour Fou... Belle blonde ou châtain ondulée au style déjà années 60. Qui m'ennervait un peu, intrigante, cajolante, beauté un peu forcée... et ces cheveux, surtout, surtout: encore une Jacqueline... Mais preuve tangible, livrée ce matin, pour moi comme pour Breton, et contre les pourfendeurs de la fusion amoureuse. Je trouverai à concilier l'amour fou, les poupées russes, et Toi, Toi à la fois mon Empire et insolente, protégée, refusée-offerte beauté d'âme;

*Jeu de Marseille. Du passé, de ton toujours et de tes passages a surgi un noeud fondamental, multiple et singulier, où tu te rencontres et t'apparais à tes enfants.  "Vous avez eu de la chance, à tout point de vue", me dira encore en sortant la collègue de la conservatrice de l'exposition.


- Varian Fry, La liste noire link
- Mary-Jane Gold, Marseille année 40
- André Breton, L'amour Fou

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