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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 16:24

 



MANÂS

Esprit (mens, mental)


 

1. Le MANÂS, l'esprit, est l'auteur des mondes



Le MANÂS est la faculté de penser, conférée par l'organe mental (un des six organes des sens) qui capte la luminosité; il est la pensée-émotion (au sens de Descartes). Le MANÂS est "ce qui tient ensemble les cinq sens"(INDRIYA) tant que le corps est vivant, et retourne dans la vraie réalité à la mort du corps; il est mémoire au tréfonds du vivant, le long du SAMSKÂRA qui contient les traces du MANÂS d'une vie à l'autre, assurant la continuité du KARMA à travers les renaissances: la mémoire est l'essence de la permanence du vivant.

"C'est le MANÂS qui est l'auteur des mondes, le sujet ultime" (Yoga-Vasistha)

Mon cher corps, tu m'apportas en ce monde
pelotonné dans l'utérus et la mémoire.
Tu m'apportas; ne me laisse pas derrière en partant.
Quand tu laisses tout le reste: mon visage volubile,
et, privé de ton baiser, mon MANÂS déconnecté;
quand tu étouffes le son de mon pouls pour monter
la sève des arbres, laisse-moi venir avec toi.


A.K. Ramanujan
The collected poems
Oxford University Press, 1995

 

 

 

Le MANÂS est le sixième sens, celui qui réalise la synthèse des cinq INDRIYA, les organes sensori-moteurs. Chaque être vivant (DJÎVA) est un ÂTMAN incarné grâce à un certain nombre d'INDRIYA. On ne distingue pas dans l'Ayurveda la composante sensorielle de la composante motrice de l'organe, et les INDRIYA sont plus que des "récepteurs" au sens biomédical moderne, mais des interfaces, des jointures, des connections entre le DJÎVA et la matière, les cinq éléments.

 
L'homme n'est que la matière qui a fait apparaître le mental
par une sensibilité croissante aux excitations venant du milieu.

Sri Aurobindo
 
Trois Upanishads, Isha, Kena, Mundaka

Manas, âme: en sanscrit, un principe qui rayonne, qui se diffuse autour de nous, sans qu'il soit possible de lui assigner ces limites précises qui font une individualité distincte, irréductiblement et à jamais distincte...

A. Besant, citée par P. Loti
L'Inde (sans les Anglais)


Dans la conception bouddhiste, l'agrégat des organes des sens (premier niveau des agrégats, celui de la forme matérielle) est nécessaire au processus d'intellectualisation, de synthèse mentale "concrete", celui du MANÂS, quatrième niveau des agrégats, qui avec celui de la conscience va assurer la connection "body to body" lors de la renaissance samsarique.



2. Organes des sens, MANÂS, et fusion amoureuse: trois repliements topologiques ?



Les organes des sens en premier niveau de liaison vivant-matière, et le MANÂS en synthèse, étayage du corps dans le monde des vivants, par cette connection de deuxième ordre entre les organes des sens. L'amour serait-il le troisième niveau de complexification topologique du Soi, qu'il soit divin ou charnel ? Mais, en première analyse, le corps étant simple incarnation de l'esprit, l'amour charnel, le lien de couple, apparaîtrait comme une valeur paradoxale.


Or, dans L'histoire d'Indra et d'Ahalyâ, récit initiatique du Yoga-Vasistha, contrairement à beaucoup de clichés sur l'Inde, on assiste à une exaltation du couple amoureux. Condamnés à être séparés, à être tués, les deux amants éperdus se considèrent attachés l'un à l'autre par tous leurs sens, du fait de leur amour; elle iradie pour lui, lui est attaché à elle; ils ne souffrent pas des tortures qu'on leur impose, car la grâce, la beauté du visage de l'autre, mise en mémoire, est antalgique; leur corps demeure même intact sous les supplices car la cause du corps en est le MANÂS, soudure doublée ici du lien sensoriel amoureux, fusion: leur esprit ne se détourne pas de la représentation de l'objet (le visage de l'autre), le corps est un simple déploiement de la pensée. Et les deux amants vont se réincarner en couple tout au long de la chaîne samsarique animale; de plus:

Séduits par le spectacle de ce couple pénétré
d' un authentique sentiment amoureux, les arbres eux-mêmes, envahis
d' un flot de sève (RASA), s' agitent dans la parade amoureuse.


La transmigration se fait en couple du fait de cette fusion des organes des sens de deux individus; à l'extrême, on pourrait assimiler toute fusion amoureuse à une expérience de transmigration... En sanscrit, deux termes désignent l'amour: PREM, "pure, divine love which culmination in total self surrender" (racine: PREMAN), et MANMATHA, amour charnel, passion "qui bouleverse". Peut-être PREM est-il du registre de MAITRÎ, et MANMATHA de celui du MANÂS ?




- link F. Zimmermann, Phisosophindia, ehess
- E.B. Findy, Bordeline beings: plant possibilities in early buddhism, J. Am. Or. Soc., 122:252-63 (2002)

- Yoga-Vasistha, L'histoire d'Indra et d'Ahalyâ, traduction de M. Hulin, in link
- G. Huet, Sanskrit heritage dictionnary link

 

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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