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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 13:49


La saga de Gunnlöd: le savoir ruisselle dans le sang

Contre tous ethnologues et psychanalystes, Régis Boyer le traducteur rejette le tabou de l'inceste dans les sociétés nordiques, sociétés de la Déesse Soleil et de l'hermaphrodisme originel, aussi. Tabou "universel" de notre seul occident psychanalytique. Mais refuge tout là haut en Europe germanique de « quelque chose d'irréductible » à la Mircéa Eliade (dont il fut l'élève), quelque chose qui échappe encore par le mythe à la nappe « occidentale libérale ». Un peu gênant, a priori, d'admettre en une de nos bases une immoralité absolue. Un peu gênant a priori aussi, de percevoir le caractère d'un traducteur, de savoir un peu du filtre ou l'apport... Eliade et ses "sympathies"... mais sans doute plus vrai au final que de l'ignorer. Le livre traduit: être gêné, transporté, et relié à la fois.

Ce paysage tout entier lui rappelait une femme qui aurait été privée de sa joie.


On aurait dit qu'ils m'avaient admise dans je ne sais quelle communauté. Je frissonnai parce que ces gens étaient marqués par la pauvreté et la misère et plus encore, par une sorte de vacuité, nulle part le moindre signe de chagrin ou de honte, comme s'ils avaient gardé le souvenir de temps meilleurs, comme s'ils avaient su tout le temps qu'ils échoueraient là...
Le bistrot des temps immémoriaux. Entre le monde de la Déesse-Mère et le bistrot il y a quoi au fait ? Un endroit ténu, le monde du père, un état sans consistance. Quelques rues bourrées de voitures, quelques conventions internationales ou juridiques, des coureurs d'argent affairés, une aéroporte quand-même, un avocat quand même, qui sent le lien. En Islandais, ordinateur se dit « sorcière qui compte ». J'étais en train de payer pour sortir de ce monde. (...) C'était la dernière halte du temps artificiel. Avant, chaque cellule de mon corps était comme les pierres de ce bâtiment (le tribunal), pierres de doute, de préjugés et de mépris.

En outre, la terre est invisible dans ce vaste abîme. Mais nous pensons savoir qu'elle existe... qu'elle n'est pas seulement une imagination même si, à présent, elle est comme un pays qui attend d'émerger à nouveau...

Odin ne se déplace jamais sans ses deux corbeaux, « pensée » et « mémoire », qui l'instruisent de tout ce qui se passe par tous les mondes. Odin est borgne: il a engagé un de ses yeux dans la source que garde le géant Mimit (mémoire) afin d'obtenir la connaissance des choses cachées. Il est à demi. Il vole le vase.

Une structure générique du mythe, peut-être en essence de ce livre, et quelque chose plus fort que le fil individuel, mais du ressort de l'inconscient collectif: Si tous les événements extérieurs pendant des millénaires sont du temps artificiel mais que le savoir ruisselle dans le sang ? Le mythe qui analyse. Personne ne trahit son poème. Une faute envers la Déesse, dont se chargent la fille, puis sa mère. La fille, une violation de serment passe son entendement d'enfant. Tout arriva en un instant mais cet instant n'existe pas (...) et jamais elle n'a pu complétement en parler. Le vol du vase d'or. Elle est intacte mais trahie. Vol du vase de la poésie et ruines dans la terre: Civilisation du fer. La terre exploitée. Les poèmes sacrés de la Déesse deviennent des chants magiques: quelque chose n'est plus relié.



- S. Jakobsdottir, La saga de Gunnlöd, traduction Régis Boyer, José Corti, Collection Merveilleux, 2002

(Régis Boyer, professeur émérite à la Sorbonne, spécialiste de l'Islandais ancien, âme universitaire des rencontres d'Aubrac link)


Michel de Certeau le croyant sans appartenance connaissait-il ce mythe d'Odin ? D'une manière l'autre, très certainement



 

 




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