Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 18:49
le corps, système anti-hallucinatoire (Oliver Sacks)

 

Oliver Sachs

L'odeur du si bémol

l'univers des hallucinations

2012

 

notes de lecture d'une Neurotica systémique,

par un tenant de l'incomplétude des systèmes cohérents

 

  

Dès les premières pages de Sur l'empathie, Edith Stein se pose la question de savoir si l'hallucination relève de la perception pure (par absence d'"imaginaire instantané"), ou de la réactivation mnémonique; pour le phénoménologiste, l'hallucination est modification du sentir, et n'est donc pas "résurgence mnémonique interne". Autre intentionnalité, autre processus pour la phénoménologie, la psychose est pour la psychanalyse invasion du sujet en raison d'un défaut de symbolisation; Sachs, lui, propose une Neurotica des symptômes positifs. Toujours cette même interrogation: l'hallucination est-elle perceptive (« mystique », externe) ou cognitive (interne) ? Une ouverture de notre champ perceptif limité, ou bien le déficit d'un « module critique » de l'étape sensorielle, comme dans le modèle à deux temps du délire (M. Coltheart)  ? L'ouvrage, progression au sein d'observations multiples d'un neurologue ayant entre bien d'autres testé le LSD, et découvert son partenaire sexuel à 75 ans, va cependant au delà des dogmes cognitivistes.

 

 

«… privation sensorielle, parkinsonisme, migraine, épilepsie, intoxications, hypnagogie : un mécanisme cérébral – un processus physiologique primaire (…) - semble engendrer ou favoriser une activité hallucinatoire plus ou moins indépendante du mode de vie, du caractère, des émotions, des croyances ou de l'état d'esprit de l'individu». Mais l'auteur, d'observation en observation, élargit progressivement ce mécanisme neurologique de l'hallucination pour y impliquer l'ensemble du système corps ; car si le corps est imaginaire pour le lacanien, il est anti-hallucinant pour Sachs, neurologiste expérimentateur :

 

de l'homéostasie des perceptions

le corps, processus anti-entropique :

anti-infectieux, anti-inflammatoire,… et anti-hallucinatoire

(et incomplet, comme tout système: des maladies, des douleurs, des délires)

- une écologie des sentiments et des passions -

 

(1) Niveaux de dysfonction du système de perception, et gradient hallucinatoire

 

Des entendeurs de voix aux délires systémiques : vers le « corps hallucinant »

Il existe des « entendeurs de voix » hors pathologie psychiatrique. Rishis indiens, Jeanne d'Arc : des visions en orient, au travers du voile imposé de la Maya; des voix en occident, tactiques contre la prohibition du dire libre par l'institution. Des sons simples, son propre nom, un discours religieux ou surnaturel. Une musique complexe, le 2e mouvement du Quintette en Ut de Schubert, qui émerge et s'impose avec précision, « syncinésie » mnésique, dans la caboche du non-mélomane mais passionné du film Nocturne indien, quand il traverse lui-même avant l'aube la théorie de corps allongés sur l'esplanade de la gare d'Haridwar... . Entendre son nom (Freud), ou des séquences de sa langue – familières mais sans être capables de leur attribuer un sens - dans le fatras des proto-sons exotiques passés à la moulinette d'une aire du langage maternel trop désoeuvrée, alors qu'on est semi-somnolent dans un bus gravissant la montagne des bouts du monde. Pourquoi n'entendons nous plus tous de voix ? Pour J. Jaynes (La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit), tous les êtres humains entendaient des voix initialement, produites par l'hémisphère droit et perçues par le gauche comme extérieures, mais elles auraient été intériorisées depuis le premier millénaire avant J.C., avec la diffusion de l'écriture, de la logique, etc...

 

Le paranoïde n'est pas insensé, « les voix de nos malades recèlent leurs aspirations, leurs craintes, et l'ensemble de l'altération de leur rapport au monde extérieur [en devenant] le représentant des puissances hostiles ou pathologiques en général » (Eugen Bleuler, 1911) : un fonctionnement compensatoire de circuits particuliers en raison de lésions du développement, dira le cognitiviste ; un processus psychopathologique autre qui met bien en relation à l'objet, mais qui nous échappe, pour le phénoménologiste, mais pas un fonctionnement totalement interne absurde, ni une possession toute externe... Une sensation de traversée de la « limite » int. / ext., invasive dans la psychose, centrifuge et dirigée dans l'expérience mystique, passive dans l'expérience psychodysleptique. Mais, pour OS, l'hallucination en perception, que le mouvement en soit « descendant » ou « ascendant ».

 

(2) Des hallucinations secondaires à l'autonomisation neurologique lors de privation sensorielle

Privés des afférences sensorielles périphériques ou plus centrales, les réseaux neuronaux en charge de l'intégration de ces signaux perceptifs – mais aussi du contrôle exercé sur leur auto-activation par ces messages périphériques – s'autoactiveraient pour produire des images, élémentaires ou plus élaborées selon le degré de complexité des circuits concernés. Il y a asservissement cognitif et hiérarchisation des apports perceptuels (et c'est heureux sans doute dans la vie courante) : la vie est (aussi) un processus anti-hallucinatoire temporaire.

 

- La cécité périphérique ouvre ainsi la porte à la production centrale d'images élémentaires, hallucinations simples du syndrome de Charles Bonnet (XVIIIé), lors de cécité par lésion oculaire. Les hallucinations s'y apparentent plus aux perceptions qu'à l'imagination, une « perception interne » est activée par défaut de perception externe et passe le « filtre » du « module critique » cérébral ; le cerveau « feuillette un catalogue d'images » élémentaires, de parties d'images, de « proto-images » brutes, projetées de façon neutre, à la façon d'une Machine de Morel, par activation anarchique d'un système visuel primaire, qui ne fait pas participer le sujet qui garde son sens critique (contrairement à ce qui se passe dans les scénarios élaborés par les centres plus complexes impliqués dans le rêve par exemple).

 

- L'hallucination complexe relèverait du fonctionnement simultané de l'ensemble du système (l'abord total du réel, par toutes ses strates chez Deleuze, ou la Rome de Freud!) quand le fonctionnement habituel, hiérarchique, cybernétique, est logique et donc restreint (cf. action proposée pour la morphine d'activation égalitaire de tous les niveaux neurologiques, dans laquelle la douleur n'est plus au premier plan, plutôt que dev sédation sélective) ;

 

- Des lésions sur les centres intégrant les signaux perceptifs (aires perceptives corticales, etc...) pourraient également libérer l'usage de toutes les combinatoires possibles de percepts, usuellement régulées (exemple : libération du spectre olfactif, restreint habituellement aux odeurs associées à des faits mémorisés, et survenue d'odeurs « impossibles »). Par rapport au spectre perceptif possible, le spectre culturellement autorisé est restreint, le perceptif culturel serait régi par un linéaire discontinu, « pore » acquis d'information (cf. Castaneda ?). Le spectre sensoriel physique est déterminé par l'organe du sens externe, mais la combinatoire des quanta perceptifs élémentaires, elle, est variable ; on peut aussi penser que certaines perceptions pures restent hors du spectre culturel ou cognitif ; en outre une hallucination d'odeur (ou de couleur) « extraspectrale » physiquement, pourrait elle relever d'une activation particulière de l'organe perceptif interne.

 

Il y a usuellement servitude du percept à la mémoire (Madeleines de Proust, odeur de l'encre du livre qui évoque un lieu ou un objet du passé, l'odeur porte/est portée par le souvenir ; l'inverse, imaginer spontanément une odeur, est plus difficile chez la plupart des sujets (synesthètes exceptés ?), mais peut s'exercer chez l'anosmique ; et certaines odeurs potentiellement « composables » ne sont « pas imaginables », paraissent impossibles et donc hallucinatoires car elles ne sont associables à rien de la réalité phénoménale :

 

Il était impossible de combattre cette puanteur. Elle était épaisse, grasse, elle avait une texture, un volume, une couleur. C'était une odeur mouillée et d'un jaune blanchâtre, d'une puissance incroyable. Aucun homme sain d'esprit et libre de partir ne pouvait demeurer en présence de cette odeur là.

La Ligne rouge, James Jones

 

Nous nous bourrions de quinine. Nous avions la nausée. Nos avirons mollissaient dans la chaleur. Nos vêtements se recouvraient de moisissures. Il pleuvait toujours, et quand il pleuvait, il tombait de l'eau chaude et nos dents se déchaussaient. Quel rêve, quel rêve d'opium ! Tout ce qui surgissait dans notre étroit horizon était corallin, c'est-à-dire verni, reluisant, dur, avec un relief ahurissant dans le détail

Moravagine, Blaise Cendrars

 

 

(3) Des hallucinations par stimulations sélectives à différents niveaux neurologiques

 

psychodysleptiques et leurs différents points d'impact neurochimiques (cf.)

Les « trucs » psychodysleptiques des artistes, des écrivains (substances, jeûne, fatigue, etc...) ; l' « Inspiration » romantique : des stimulations cognitives plus ou moins ciblées ? « La Voix retrouvée », mais que l'autre soi-même déjà a perçu, peut-être, des années avant (l'enfance, l'événement, etc...) ? Les pensées apparaissant « sans plus de propriétaire » de Bion ? Perceptions partielles pures du poète, ou perceptions internes extra-spectre physique, via l' « organe interne perceptif» ?

 

processus pathologiques

Quand le cortex s'excite : migraine, épilepsie

- Migraine

L'ouverture d'une fenêtre sur le système nerveux (la géométrie des fortifications, ses motifs pourraient refléter la neurohistologie, l'onde lente perturbatrice d'un équilibre pouraît être l'instrument d'une auto-imagerie interne !) : le migraineux décide de devenir neurologue. Une hallucination (de motifs simples ici) « r éduite » à la visualisation de l'architecture neuronale corticale (---> « hallucinations » de plus en plus complexes et multisensorielles des structures profondes ou des réseaux neuronaux ; l'hallucination en cartographie de notre interne, cellulaire, tissulaire, métabolique, « homonculus étrange », yoga cellulaire !! de la Mère, réseau ADN !! de Narby...)). « Les formes hallucinatoires sont les universaux physiologiques de l'expérience humaine », nous dit Sachs, « se déroulant au niveau fondamental des cellules » auto-organisées en réseaux complexes. L'hallucination en expérimentation de notre complexité, en saut dans la complexité. Les cognitivistes classiques pensent le système nerveux complet, mais Sachs lui insiste sur son fonctionnement complexe.

 

- La maladie sacrée

Aura. Mais Hippocrate tempère cependant l'appellation qu'il donne à l'épilepsie : « cette maladie a une origine naturelle et une cause déclenchante ». Déjà-vu, jamais-vu et déconnexions de l'affect et de la représentation par autonomisation de centres cérébraux (corticaux ici) ; épilepsie et Neurotica cybernétique, mais privée de la complexité, l'ensemble du système n'étant pas sollicité : réactivation de souvenirs plutôt qu'émergence comme dans l'hallucination. Une impression de mise en continuité, Dieu est la mise en continuité (dont toute structure, solution de continuité, nous sépare).

 

- Jusqu'au lobe temporal

Hyper-religiosité intercritique de l'épilepsie temporale, joie, harmonie et compréhension totale, (une « bipolarité » de faible fréquence et très grande amplitude ?)

Syndrome de personnalité intercritique de Geschwind (d'après L'Idiot) : recherche de querelles mesquines, désintérêt pour la sexualité, ton moralisateur et sérieux, emportement soudain, intenses préoccupations religieuses, compulsions artistiques, littéraires (# spectre border-line !).


Epilepsie temporale avec auras extatiques de Jeanne, « ou » schizophrénie ? Ces prophètes-récepteurs... La religion, une architecture temporale, propose Sachs, mais sans préjuger de la relation structure-fonction, chaque fonctionnement ayant sa spécificité propre, ou témoignant d'une émergence particulière à structure-système commun. Limites et astuces de la structure, continuité de la fonction, les études structure-fonction relèvent d'une certaine mystique.

 

Lésion (tumorale, dégénérative, vasculaire, ...) de la structure nerveuse

- De la migraine à l'hémianopsie, une visualisation des architectures neuronales ?

Après un trajet compliqué, la rétine est cartographiée point par point dans le cortex visuel primaire (face interne des lobes occipitaux). De la rétine à l'œil interne, chaque niveau lésionnel sur les voies et centres optiques a sa « tache aveugle » et ses productions hallucinatoires plus ou moins « architecturales » ou complexes

 

- Lésions du TC et du mésencéphale et hallucinations du Parkinson

Hallucinations complexes, difficilement criticables parfois

chez 30% des patients traités par L-Dopa (!)

Des rêves très riches d'où les patients s'éveillent paralysés

cf . « démences » à corps de Lewy

 

(5) le mille-feuilles des consciences

en résultante de ces différentes activations sélectives du système complexe

(pour les cognitivistes, nous produisons continuellement n pensées, dans des réseaux neuronaux indépendants mais plus ou moins connectés, et seules certaines d'entre elles accèdent à la conscience)

 

le rêve et le cauchemar

Night mara, présence maligne (incube, succube) ; picard cauchier, presser et mare néerlandais, fantôme

Impact de l'immobilité sur la conscience, sensation de présence maligne (cf. Palladium). Quand l'esprit n'a plus accès au corps, soit il se tait (il faut alors marcher comme J.-J. Rousseau ou se mobiliser comme J. Bousquet pour penser et/ou se remémorer), soit il se délie, délire, sort du sillon logique que les limites des corps imposent.

Mare, démon féminin qui étouffe les dormeurs en s'allongeant sur leur poitrine. Narcolepsie hallucinatoire , Sleep paralysis : night-mares, nocebos, and the mind-body connection (S. Adler). Attente funeste parfois, effet nocebo du cauchemar-croyance, amplifié par le trauma, et morts « spontanées » aux USA des réfugiés Hmongs. Attente d'un corps nouveau (acculturation) et oppression.

hypnagogie (endormissement) / hypnopompie (réveil)

ce pont entre l'éveil et le sommeil (ce « truc » de Pessoa)

images, pensées, « conversation unilatérale de Nabokov », comme détaché de l'expérience personnelle, de transformation rapide : « vagabondage » cérébral. Qui apporte une information qui semble « révélée ».

Eléments plus hallucinatoires des visions hypnopompiques qui semblent projetées à l'extérieur, tandis que les images hypnagogiques sont reconnues comme non réelles (« sorties de rêves » ?) Sensation hypnopompique de la présence d'un être, sans doute soi-même, lors du passage entre deux niveaux de conscience, veille/sommeil, amour/sommeil, etc...

 

états de conscience modifiés

« Aucun être humain ne saurait se contenter de vivre au jour le jour (son humanité) » : transport des émotions, recherche de sens au non-sens qui nous clive, suspension de nos restrictions intérieures et extérieures – voilà la quête de Sachs - à l'ici et au maintenant (restrictions extérieures par rapport à l'ici et maintenant vital, animal ; intérieures pour l'ici et maintenant phénoménologique). Percer la Maya « extérieure », et comprendre le complexe neurologique « interne »... (alors la « limite » s'effondrera).

Modification par l'art, la méditation, etc..., et les drogues (échappée sacramentelle au continu ou connu de toute culture). Raccourci des Plantes des dieux et des drogues (ciblant telle ou telle structure) sur les techniques archaïques de l'extase. Intensification des couleurs. Visions en diagrammes de Mandelbrot, invariances d'échelle. Synesthésie plus ou moins complète de tous les sens (l'odeur du si bémol grave, concrétisation des notes, etc...), perception non continue du temps (vision stroboscopique, accélérations ou pétrifications du mouvement).

 

Newton imposa – par analogie à la gamme diatonique - 7 couleurs au spectre lumineux, certaines cultures n'en reconnaissent que 5 ou 6, la définition de l'indigo est loin de faire l'unanimité. D'oultremer à Indigo. Corallin, aussi...

 

Prophétie auto-réalisatrice en part de l'hallucination (comme du rêve qui recompose les éléments diurnes) : l'indigo apparaît « à demande » dans les expériences pharmacologiques de l'auteur (amphétamines + LSD + cannabis). Indigo lumineux et numineux (« un sentiment de présence absolue, une présence divine, à la fois mystère et terreur », mysterium tremendum de Rudolf Otto, Le Sacré. L'expérience numineuse est pour Otto l'expérience affective du sacré).

 

(6) répétitions et retours compulsifs : l'hallucination en défaut de stabilisation de la mémoire

Dans ce cadre, les hallucinations ne sont pas perçues comme étrangères aux problèmes personnels : flash-backs des crises d'épilepsie temporales, des reviviscences traumatiques, revécu des NDE. Incestes avec la mort : celle d'un proche, ou la sienne. Hantises cauchemardesques, revenants, souvenirs-spectres. Douleurs des membres fantômes. Emotions non fixées dans la mémoire dont l'éprouvé circule toujours (quand les modules du cognitivisme sont compatibles à la psychopathologie ferenczienne du trauma ; l'empathie tient-elle de ce défaut de stabilisation mémorielle des affects ?). Quand dans la nécrose on est « simplement » hanté par ses parents (L. Shengold), dans le psychotrauma tranchées et retranchements sont plus profonds, plus loin, mais nous sommes toujours sur la ligne de faille (de la mémoire stabilisée). Le chaos deleuzien, cette information totalement libre, qui blesse. Une chance (masochiste?) pour l'analyse, cet à-vif de nous-même au contrepoint de ces mémoires toujours vives, non encore transformées ; et un possible réencodage lors de la cure. Histoire du souvenir autobiographique, authenticité encore du souvenir traumatique. « [Ces souvenirs] semblent conservés dans une forme de mémoire différente, si isolément des autres souvenirs qu'aucune intégration psychologique n'est permise » (OS). Diables de Loudun d'Aldous Huxley comme de Freud : la mère supérieure évolue des convulsions hystériques aux hallucinations, le père Surin est contaminé, traumatisme secondaire empathique du thérapeute. Trauma, cauchemars, sorcières.

 

(7) de l'hallucination au délire : l'ensemble du corps ?

« Le délire est généralement l'indice d'un problème médical :

c'est la conséquence de quelque chose qui atteint l'ensemble du corps, dont le cerveau » (OS)

 

Et au delà du corps ? Cf. ce rêve intellectuel rapporté par OS d' « un nombre très, très grand et qui augmenterait sans cesse, (…) qui violerait une hypothèse que nous tenons pour inviolable » : une crainte du saut de l'incomplet vers le complet, et de l'anéantissement dans ce système complet ; une peur de sa propre implosion en la complétude... (cf. le risque de l'étude des mythes chez M. Eliade, risque de bascule...). Monde autistique du calcul infini possible, chez V. Nabokov enfant et fiévreux, et retour en « norme newtonienne » grâce à la compréhension du phénomène par sa maman. Balade en chaos...

 

Hallucinations de séparation d'avec son corps, doubles, paramnésies (cf. schizophrénie, paralysie du sommeil, méditation, hallucinogènes, NDE, et « toute diminution de l'irrigation sanguine du cerveau ») : out of body experiences (OBE). « Troisième personnage », présence sensible (lors de l'épuisement et l'hypoxie des alpinistes... et de l'acte sexuel, ou de la prise de substances psychotropes). Interprétations mystiques, quand la « présence » devient la personne de Dieu. Le trauma qui ferait jonction entre cette perception empathique primitive et notre système de perception-représentation élaborée ? Un flux cosmique d'échanges / un réseau des vivants et l'empathie / le corps et la représentation (Une mystique sauvage, un retour du refoulé, et la Neurotica). Voyage sans corps interceptif dans le « mille-feuilles de conscience ». « L'incarnation semblerait être la plus fondamentale de nos certitudes, le seul fait irréfutable au monde » (OS). Impression que notre conscience se trouve dans notre tête, comme nous regardons le monde avec nos yeux ou utilisons notre main : continuel feedback proprioceptif... (et sa projection possible, cf. expériences d'emploi de bras articulés connectés). Corps et organes des sens qui assemblent différents attributs « spectraux », perception d'objets matériels ou « immatériels ». Un dérivé d'une fonction animale de perception primitive de l'autre membre de la chaîne du vivant, en alerte au prédateur possible ? Douleurs fantômes post-amputations et autres hémi-indifférences post-AVC. La douleur en spectre d'un « autre corps » (désiré / perdu / attendu). Croyance d'une schizophrène : « j'ai été échangée à la naissance », « les autres me volent mon sommeil ». Gradient de métempsychoses continues dans l'espace-temps dont « nous » sommes part, le corps en principe anti-hallucinatoire.

 

Conclusion

Un modèle de libération des différentes structures neurologiques profondes (Sacks), ces abymes de l'univers (Ledru-Krishna), permet de théoriser une continuité des troubles de perception, du syndrome de Charles Bonnet des déficients visuels périphériques avec leurs hallucinations simples, à l'autonomisation complète des structures cérébrales encodant les processus perceptifs et l' «hallucination libératoire» (release), avec en paradigme la déficience corticale initiale des NDE. Il existe ainsi une complexité des types d'hallucinations, à la hauteur de la complexité du système nerveux.

Mais quid ? de ces fréquences optiques non perçues par les organes des sens périphériques, de ces champs qui nous entourent, et de la continuité du monde auquel nous sommes fenêtrés ??? Peut-on proposer une structure en abyme du monde et de notre cerveau, pour expliquer l'ouverture « mystique » à la pronoïa, cette pensée qui dépasserait notre corps (Plotin) ?? Notre moule d'argile serait toujours imprimé en notre centre, au noir de source, et sapiens tout entier serait dans le contrôle plutôt que dans la capacité cérébrale...? Le système limbique plutôt que la bouche de Krishna , en processus hylozoïque ? Une téloduction, cette acquisition évolutive de nouvelles chaînes neuronales analysant le monde, mais... centripète, une chaîne liquide des humeurs du monde vers l'organe interne, ce Panculus ?! L'hallucination serait cet écoulement du monde en notre centre... cet objet usuellement tranquille, composite de spectres maîtrisés, libéré de l'arbitraire du temps (et donc de la mise en mémoire), libéré du processus neurologique, comme libre, et donc inquiétant, subi. L'hallucination, un erratisme mental vers l'objet  ?

  

Partager cet article

Repost 0
Published by panopteric
commenter cet article

commentaires