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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 10:45
Ils ont vu le www (le monde hippie)

Autour de :

Frédéric Monneyron et Martine Xiberras

 

Le monde hippie

De l'imaginaire psychédélique à la révolution informatique

Imago 2008

 

 

Où les auteurs proposent que, parmi les retombées du mouvement hippie dans la société actuelle, on peut inscrire le réseau web mondial, échappée de l'esprit originaire d'une même vallée utopique. Sa récupération par l'institution: la société inégalitaire du profit progresse par nappes guerrières, et par déliaison traumatique de l'humanité; mais dans des lignes de faille recircule le lien cosmopolite. Dernière émergence en date, San Francisco, années 60

 

 

Des spots hallucinogènes, mais une prise de conscience d'une religiosité sans substances

Le spiritualisme des religions occidentales est le mieux à-même d'exprimer la cohésion cosmique, il réfute les classifications du monde opérées par l'Occident, ce découpage des sociétés par frontières, fonctions sociales, races, etc... Extase et extinction du moi dans le Soi. La contre-culture qui éclot dans les années 60 dans l'est américain avec le mouvement Hippie, retour de Katmandou, est... orientale. Le voyage en Orient, c'est, aussi regarder la mort en face, amoureusement, et non plus s'enfermer dans son déni, violent, qui permet la guerre. Peace and Love. C'est aussi une psychogéographie qui n'a plus d'interne (le délire) ni d'externe (le voyage), mais une isomorphie entre l'être et l'univers : sentiment océanique, foi de la voie vibratoire (H. Michaux) qui nous libère des formes. Et la physique quantique ne vient-elle pas de démontrer qu'observateur et observé sont connectés ? Tao de la physique.

 

 

Transe technologique, traces du mouvement hippie

Quand les communautés hippies retrouvaient l'extase sociale et cosmique des sociétés traditionnelles, se libéraient d'un social imposé par l'amour, les festivals tekno aujourd'hui, dans un rapport au sacrificiel, un épuisement par la transe, retrouvent l'exaltation du corps collectif. On rejoint le lieu inconnu, mais le lundi on regagne le bureau... Et il faut à nouveau des pilules pour revivre un peu d'empathie, pour se déprendre du social. Transe Goa ! Ecstasy ! Car les institutions ont persisté, les communautés ont cédé, l'amour fait retour au couple, le voyage initiatique (ce « voyage géographique en relation isomorphique avec le voyage intérieur ») au tourisme de masse. Quelques coopératives encore, assoc, antipsy, groupuscules politiques, sectes, végétarismes. Vifs interstices. L'écologie s'y perd, il ne s'agit pas de protéger la nature, mais de faire corps, mode bobo, souci de soi et de la caste plutôt que du monde commun...

 

Les Hippies tentèrent un concentré des « expériences de traversées de frontières psychiques, morales, mentales, spirituelles, sociales, etc »... Une pratique de Wilhelm Reich. Tendre vers l'énergie cosmique. Mais d'autres ont préféré la Révolution, et puis la négociation. La liberté sexuelle, et les Gender studies. La psychiatrie elle aussi : qui ne s'encombrera plus de catégories-frontières entre « maladies », mais baignera les impatients dans la « méditation de pleine conscience », cette religiosité vidée de substances. Retour aux Techniques archaïques de l'extase. Le mouvement Gay, mais le Sida. Qui permet à la bonne société de finaliser son rejet... D'identifier, à rebours, bien catholiquement, le sexe et la mort... La sphère rassurante du couple... Le profit matériel, seul objet du désir, à nouveau. La nouvelle adolescence où on se toise aux marques achetées et exhibées, au kilo de beauté, un groupe au peu de sexe, l'amour pas maintenant, préservatif. On fait circuler le désir dans la représentation. Les usages se réfugient très loin de l'imaginaire. Oubli du tantrisme. L'altermondialisme, par son « act local », ne serait pas non plus en mesure de se réclamer de l'héritage, mais serait repli sur lui-même, sans lien avec l'idéal cosmique du mouvement hippie.

 

 

Du psychédélisme à la Silicon Valley plutôt qu'à l'altermondialisme ? Ils ont vu le WWW

Le LSD, dit Timothy Leary, a fait découvrir à ses utilisateurs l'interconnexion de tous les éléments du cosmos, et une forme de communication authentique (empathique) avec l'autre. Méta-programmation de l'utilisateur de LSD, une vue directe sur ce qui n'était jusqu'alors que code, communication aux autres; ils ont vu le réseau et en sont changés, ils savent où aller. Des professionnels de l'extase archaïque, aussi : de très nombreux informaticiens indiens viennent travailler dans la Silicon Valley ! Ils y voient et créent le WWWeb, qui devait permettre l'interconnexion gratuite, au sens marge, de tous. Le peer to peer. Cette interconnexion perçue par les mystiques, cette noosphère... La connexion des micro-ordinateur, dans la faille du rêve trans-frontières des hippies...

 

Echappée au code ? Une communication de sentiments, peut-être, dans la transmission virale d'images, par rapport au texte écrit, toujours incomplet et lieu d'un autre ? Mais les alluvions hippies se sont perdus pour l'heure dans les publicités New Age, les jeunes des garages sont devenus chefs d'entreprises...

 

 

Que fera retour ?

Ça part d'une haute vallée du Gange, ça va sur le Golden Gate Park, ça semble s'éteindre, ça circule dans les failles, underground, puis ça se rallume sur le quartier latin, et ça fait rebond en New-Age (cette vision holistique, cette religiosité sans la substance), et ça a vu le réseau de conscience. Où recirculera l'imaginaire psychédélique ? Comment faire faille d'attente pour la prochaine énergie utopique ? Où l'Orient de l'esprit va-t-il maintenant prendre corps ? Là où le Reich haineux de Mille ans, qui caressait un rêve hégémonique aux odeurs de surhomme a échoué par la machine et la guerre, aux Etats-Unis d'Amérique, qui sont aussi nouvelle frontière, une utopie orientale d'amitié entre tous les êtres a su conjuguer un temps rêverie sociale et amoureuse, visées spirituelles et aspiration à la liberté individuelle, utopie refrénée par le système mais dont certains phénomènes sociaux gardent des traces, et ayant favorisé peut-être l'éclosion d'une nouvelle technologie de communication qui se voulait initialement, dans son peer to peer, émancipée des institutions... Retombée en un matérialisme divin, dans une pyramide à la Teilhard de Chardin... Où se relibérera l'imagination ? Des frères franciscains immergés dans le mystère de la nature (« flower power »), aux romantiques (orientalisants et haschichins) et au New Age post-hippie... Quelle nouvelle efflorescence du sentiment d'amour et de la transcendance d'échelle ? Quel sera l'hyper-lieu du réenchantement vital ?

 

 

La ligne directrice de l'essai est la théorie de G. Durand sur le « bassin sémantique » et l'élaboration mythique (1996, Introduction à la mythodologie) : l'ère est aussi une aire, dans laquelle l'expérience « nouvelle », le fleuve, ruisselle en courants multiples aux régimes différents. Puis, dans un partage des eaux, se font partis, écoles, courants ; des confluences forment des alliances. Alors, au nom du fleuve, un mythe particulier promeut un personnage réel ou fictif qui dénomme désormais ce bassin sémantique. On aménage les rives dans une consolidation rationnelle, les deltas s'épuisent, le fleuve affaibli se divise et se laisse capter par des courants voisins.

 

l'Inde est l'inconscient de l'Occident

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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