Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:46
illustration d'après And@rt  (fragment)

illustration d'après And@rt (fragment)

lien sur l'Atman et la notion de soi en Inde
lien sur Asraya, le corps vivant
lien sur Manas, le mental

 

Buddhi et l'organe interne selon Cankara

(d'après O. Lacombe, L'Absolu selon le Vedanta, 1937)

 


Le corps vivant est défini comme Asraya, composé psycho-physique, lieu d'implantation des facultés sensibles (Indriya), point d'appui de l'action (Karman) et de la connaissance (Vijnana), dans un concept qui déborde les limites du corps individuel pour la nature entière. Le soi hindou (Atman, l'esprit) n'a pas plus besoin d'organe que d'objet; le sujet se trouve du côté de l'esprit sans s'identifier avec lui. Un vivant (Djiva) est caractérisé par l'Atman associé aux organes des sens (Indriya): le vivant est un Atman incarné.

 


L'organe est "cause instrumentale". Indriya, organe des sens, désigne les organes des 10 sens externes, 5 de perception et 5 d'action (parole, préhension, marche, excrétion, génération). On ne distingue pas cependant dans l'Ayurveda la composante sensorielle de la composante motrice de l'organe, et les Indriya sont plus que des "récepteurs" au sens biomédical moderne, mais des interfaces, des jointures, des connections entre le Djiva et la matière, les cinq éléments.

 


Buddhi (intellect, esprit), Citta (le mental), et les autres organes internes (cf. illustration), ceux du psychisme, ne sont pas le soi mais ont qualité d'organes. L'organe interne dans sa globalité appartient au corps subtil, lieu de fonctions biologiques et psychologiques, qui perdure jusqu'à la délivrance de l'âme; il est succession de formations mentales se produisant au gré des interactions de l'organe mental avec ses objets, provoquant un ébranlement de toute l'âme, une "actualisation" (au double sens d'actuel et de véritable) du corps grossier. Le corps grossier, dernière des manifestations vitales, siège des sens externes, se dissout lui à la mort.

 


L'organe interne est siège des quatre fonctions psychiques. L'activité sensible des Indriya (cf. illustration) est connectée au Manas ou "mental", "sixième sens"1, premier organe interne. Manas est caractérisé par le doute de l'activité psychique: c'est un opérateur de synthèse en contact avec la dispersion, entre consentement et indétermination.
Citta ou "élaborateur de pensée" est un des opérateurs hiérarchisés de l'organe interne. Il intègre les connaissances nouvelles et les connaissances remémorées, actualisées et enrichies ou représentées sous forme de souvenirs. Il forme des complexes dynamiques (Samskara) au hasard des associations, dans l'effort méthodique de remémoration, ou dans la clairvoyance2 (du yogin). Ces complexes appartiennent à la fois au domaine de l'objet et à celui du sujet: ils forment "un trésor d'impressions sans nombre rassemblées en totalité organique"3.
Ahamkara est producteur du Je, expérience du Moi4.
Buddhi est fonction psychique suprême, éveilleur, caractérisé par la certitude et la décision; il ne correspond pas comme Citta au domaine des idées mais à celui de la Vérité et du vouloir. "A toutes ces portes de la perception, l'organe interne, l'esprit (Buddhi) exerce sa présence illuminatrice, par "une sorte d'épanchement de la pensée elle-même": la pensée en fluide, flux, rasa dont les organes permettent l'écoulement.

 


Des organes externes d'action-perception connectés à des organes internes psychiques;
une chaîne d'organes internes sur un continuum de sensations,
le continuum d'organes fait globalité, les organes ne sont pas connectés
en parallèle dans un organisme.
Des "modules" cognitifs ??? Un flux neuronal ?? Mais flux qui s'épanche depuis l'objet jusqu'en un au-delà du corps anatomique...

 


Nous sommes confrontés d'une part à l'illusion universelle de la Maya, cette illusion cosmique dépendante du pouvoir créateur, par ces formes illusoires surimposées à un fondement réel; et d'autre part à l'erreur individuelle, illusion psychique, dépendante de l'expérience. L'analyse par l'organe interne, via les formations du Samskara où "l'illusion est mise en forme de mémoire", et la rencontre de la perception correcte nécessitent un fonctionnement harmonieux et atteignant au continu de cet organe interne, l'absence de toute fissure (Bheda), de toute solution de continuité dans cet organe interne par où l'illusion puisse insérer son propre jeu. Alors les représentations ne s'arrêtent plus en chemin mais vont jusqu'à l'objet et s'identifient à lui dans un vécu actif des processus perceptifs. L'organe interne agit, si nous atteignons à sa continuité, en démodulateur au travers du réseau de limites de la Maya, vers la reconnaissance d'une mémoire nue.

 

 

lien sur Bheda, la fissure active

 

 

notes

1. parfois associé à l'épiphyse ou "oeil pinéal"; sensibilité de l'organe interne à différents degrés d'une lumière

2. et "remémoration éclair" de Tulving, madeleine de Proust ?

3. ou aura-objet ? des équivalences représentation / perception dans la "chaîne" de l'organe interne ? depuis le réseau de limites du perceptif jusqu'à une perception pure ? La maturation du Samskara nous permet-elle d'analyser notre erreur perceptive ?

4. en lien avec la mémoire épisodique ? le Jivatman ? Ahamkara est-il l'organe interne de l'attention à soi, qui pour les cognitivistes fait défaut chez les patients souffrant de schizophrénie ? voir aussi "un atelier d'embryologie indienne"

Buddhi, l'organe interne et l'épanchement de la pensée

Partager cet article

Repost 0
Published by panopteric - dans fous de l'Inde
commenter cet article

commentaires