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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 18:37
Boucheron & Riboulet, Prendre dates

Avril 2015. Tome II de L'insurrection qui vient ?

Un historien et une sorte de métaphysicien. Une lecture.

 

Dans la stupéfaction de la violence, on sait d'instinct que c'est cela l'histoire, ce quelque chose d'indéfinissable mais de soudainement commun, inadmissible et moteur à la fois: on est passé à autre chose, de l'autre côté du pli, par l'événement, ne sachant pas bien si quelque chose en nous aussi est mort, ni ce qui a survécu. On a parfois du mal à se peupler soi-même, et que ces instants nous demandent de peupler le monde ! Un monde qui ne nous tend plus que des miroirs lustrés, et puis, les bombes ! Le courage de l'insurrection pacifique contre l'ordre, et la réprobation de leur violence. Ils frappent ceux que l'on n'aime pas vraiment sans pouvoir se l'avouer, juifs, musulmans, Charlie Hebdo. Et cette culpabilité qui nous vient de nos pères: Vichy, l'Algérie. Qui nous prend en tenaille, qui pèse de tout le poids de ses malentendus, nos corps sont criblés des éclats de notre histoire, de l'internalisation de l'Empire colonial, comme malgré nous, comme obligée, comme non métabolisée encore. Et même 68 est jugé indigne par un ex-Président haineux... Et puis la mondialisation, et puis ces replis nationaux... Et ces religions, en dehors du siècle...

 

 

Et les somptueuses propositions politiques venues des plus affirmées de nos marges... Alors que le flux nous donne envie de nous saisir, nous ! L'événement est cette déflagration qui rend d'un coup le passé imprévisible. Et cet élan, sans même savoir, au fond, pour quoi ni contre quoi. On guette les images qu'en donneront les médias, qui en feront leur représentation, qui n'a rien avoir, justement, avec notre élan. On ne pense qu'à ça et on ne fait plus rien, compulsivement. C'est un deuil, et c'est la guerre, et c'est pernicieux. En Europe, ces dernières décennies, l'usage de la violence a considérablement régressé, en même temps que la violence symbolique et matérielle exercée par le capitalisme s'installait partout, dès le mur de Berlin tombé. On ne veut pas voir non plus que ça vient du conflit palestinien, l'infamie pétainiste est dure a digérer, on a aussi ce dégoût de la politique d'Israël, on sait aussi ce rejet tenace des juifs par beaucoup de musulmans... Mais sous le choc on ne pense plus, on ne pense pas, on est simplement là, tous ensemble.

 

 

Derrière "on" nous écrira l'histoire. Nos bombes, là-bas. Mais pas celle de ceux qu'on égorge, là-bas. On chante qu'il faut saigner les salauds. On ne voit, ici, que des opérations de police. Le corps du chef se réécrit. On révère, et on craint, l'ordre qui s'installe ici, on aime comme malgré-nous cette terreur sacrée. Notre pensée est derrière le périmètre de sécurité qui nous protège de la guerre civile, elle est bloquée en pleine ville, avec la précarité du reclus, là où la seule grande cause qui fasse rêver est l'islamisme. Le chahîd est le nouveau morituri du jeu du cirque de l'Occident, il est ce perdant radical à la jouissance inclivée; d'ici on voit la musique orientale comme lascive, la femme ne nous est jamais étrangère à sa beauté, la femme est la patrie des droits de l'homme quand le fusible saute... N'ayons aucun respect pour les traductions politiques de notre foi. Manifestons-nous. Moquons-nous des pouvoirs, de la bouffe cacher, des croisés, des moyennâgeux barbus en robes. Vivons dans ce gai foutoir, l'érotisme exotique et le sexe, paisibles. Ou bien la catastrophe se poursuivra d'un même mouvement, dans une attente docile d'une victoire des fachos nationaux. Ça commence. Tout est à refaire.

Boucheron & Riboulet, Prendre dates

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Published by panopteric
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