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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 17:50
Loïc Merle: le but à atteindre, post-colonial, de la Grande Révolte

Babel fait sa rentrée: L'Esprit de l'ivresse (Loïc Merle). Trois cent quatre-vingts pages pour quelques sentiments, et une Révolution au passage, mais c'est sacrément appuyé, épaulé, amené, digéré, restitué. Ca tire, ça vient, on s'enferme tous en présent, ignorant le héros du chapitre suivant, rongé dans l'instant au sang des cimes, le mille-étoile, et bientôt on descend, déjà: la mort décide, littéralement, de notre reste. Il est bien tard pour prendre une mer qui le ramènerait chez lui, glorieux, pense Monsieur Chalaoui; mais n'ayez rien à craindre,  ici on compte autrement les talents, ni d'or, ni d'argent. Et l'or - en broquille. Un tome II de L'art français de la guerre, mais en Roman trans-ethnique, la couleur de peau n'importe plus, le centre sédimenté de l'ex-Empire n'est plus que marge du peuple, qui tient l'encre, qui tend au nouvel humus, fort. Les administrateurs sans plus d'Etat de cet avant assailli: "Un goût pour la cendre, dès la fin de l'enfance. Alors j'avais pris sur moi de rallier directement le terme probable, la sagesse et la tranquillité et l'inutilité absolue du dernier âge." La chute de L'esprit reste probable. Convenue. Mais on aura vécu l'émeute. Plutôt que sexe et trimard obligatoires.

 


Empire, Zomia, masse et barbares. Fiction: les révoltes à venir ne seront pas nationales."Eliminant toute trace des mensonges passés me voila femme formée", "offrant gracieusement une fin bâtarde et dégradée", nuit de l'homme contraint, jour de la femme obligée, de la jeunesse plus vive dans ce langage d'enfants à un homme absent. Véritable troisième millénaire, d'un coup: "Les clochards avaient disparu, et on pouvait être seul, rester seul, quand bien même rien de ce qui valait ne se faisait seul". L'homme politique d'hier: de l'intérieur le cancer a cette précision, cette simplicité et cette beauté d'horloger, dont on ne voit plus, chez l'autre, que l'angoisse, la surprise, la désorganisation. Parfois tenter de freiner un peu, dans des aller-retours au corps. Trop tard. On est arrivé, "elles ont toutes doublé ou triplé, leurs personnalités", on observe la liberté bleue vaquer sans nous, comme tous les petits garçons par la fenêtre, l'essentiel est la leçon d'une mémoire vive, douloureuse, je survole maintenant 117 pages trop liées, cette agitation enfiévrée devient par trop "coutume exotique, émotion qu'on n'éprouvera pas", dépendance, on n'y prend plus aucune part, on "voudrait s'y imposer par ses qualités seules, sans avoir à se battre, par la seule pensée", il n'y a plus aucun Guru dans l'époque de ce livre, mais "il est des périodes qu'il faut supporter, où l'absence de son seul amour est comme celui d'un organe qui prend sans jamais rien donner, pas le coeur, plutôt le pancréas, absence qui se fait sentir par des creux dans les journées qu'on ne s'occupe pas de combler". Le père du président absent disparaît, bien sûr, s'efface, apoptosé, au-delà maintenant du spectral, fragments vifs de révolte morte. Alors rien ne vous distrait plus, ni les risques d'une mauvaise rencontre, ni le souvenir confus de la nuit dernière peuplée de buveurs formidables. Le père mort, et une douleur insupportable, aussi, quand même la mère s'oblige à s'opposer, la mère c'est tous les jours ce goût de cendres "comme si la maison venait tout juste de brûler"; alors on rêve "d'une autre réalité (...) où le temps ne serait plus consacré au vieillissement mais à une croissance infinie, non plus à la normalisation mais au développement des qualités les plus singulières, où l'humanité ne serait plus une promiscuité, mais un amour de la pensée". Une oeuvre post-coloniale, comme il en est des post-exotiques, où l'"on teste différentes allures, comme si telle ou telle vitesse pouvait hâter la transformation. Mais en quoi ?" "Dès qu'il s'agissait des corps et de leur volonté propre, la morale n'importait plus, mais le but à atteindre, de la Grande Révolte c'était la leçon".

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