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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 10:47
langage psychotique, écriture d'aujourd'hui: A. Green et la déliaison

"Ce n'est peut-être pas pour rien que l'écriture d'aujourd'hui suggère l'analogie avec le langage psychotique. A ce titre elle est bien l'écriture du temps, comme l'époque de la
naissance de la psychanalyse fut peut-être surtout celle de la névrose.

 

Il ne manque pas de voix pour clamer haut que c'est le monde d'aujourd'hui
qui est psychotique et par voie de conséquence psychotisant. Ainsi, tendue
entre cette écriture du corps et cette écriture de la pensée, la littérature se
débat dans un univers où la médiation de la représentation est récusée. Le
langage du corps envahit la pensée, la déborde et à la longue l'empêche de
se constituer comme telle. Le langage de la pensée se coupe totalement du
corps pour se déployer dans un espace désertique. On pourrait dire que dans
ces deux cas s'est opérée encore une fois la déliaison.

 

Dans le langage corporel, c'est au niveau d'une écriture éclatée que le processus de liaison s'est brisé pour ne plus laisser apparaître qu'un morcellement ou une dispersion.


(...) L'écriture classique s'efforçait d'imposer un ordre
suffisamment contraignant pour que la liaison opère en surface, en laissant
de temps à autre passer des traces de la profondeur que le texte refoulait
mais avec laquelle il restait en communication. Faut-il céder alors à la
nostalgie d'une « belle époque » à jamais disparue? Certes pas. Mais peut-
être ne faut-il pas céder non plus à un pessimisme fataliste. Peut-être la
littérature mourra-t-elle, mais peut-être aussi qu'une mutation que notre
imagination n'est pas capable de concevoir lui donnera un autre visage.

 


Notre horizon actuel est borné par nos modes de pensée. Après tout, nous
ne sommes guère plus capables d'imaginer ce qui succédera à la psychanalyse que l'on ne l'était, en 1880, d'imaginer ce que Freud nous permettrait de voir, et qui était là sous nos yeux, depuis toujours. Il suffit d'un seul."

 

André Green
La déliaison
In: Littérature, N°3, 1971, pp. 33-52

 

 

liens:

A. Green et le temps à "facettes"
"L'ashram plutôt que la psychanalyse ?"

 

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