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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 14:38
photo@tramadoc

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Aujourd'hui les religions voudraient imposer des codes de conduite morale, et porter justification d'actions qui répondraient à des catégories du "bien" ou du "mal". Mais selon les Upanishads, (7è ou 6è siècle avant notre ère, et donc antérieures sans doute aux "religions du livre" qui tendraient à imposer ces codes de conduite), on peut avancer que Dieu n'a pas d'affect. Ceci est à mettre en contradiction avec la perspective augustinienne de l'occident chrétien, selon laquelle Dieu est Bien, secondairement corrompu en Mal par l'homme, comme avec la théorie freudienne, dans laquelle pulsions de vie et pulsion de mort pourraient être entremêlées:

 

 

texte discuté: histoire personnelle fragmentée en épisodes multiples 

de F. Zimmerman, Philosophindia

sur la perspective augustinienne: ou comment la négation du mal reste la ligne jaune de l'Eglise

sur la discussion de l'existence de la pulsion de mort: magie noire, magie blanche

 

 

 

Deux croyances largement partagées en Asie du Sud et de l'Est sont l'idée d'une pluralité des mondes vécus, et celle de la fragmentation de l'identité personnelle (Soi) en une pluralité d'épisodes disjoints (Moi), qui n'excluent pas l'absence de souvenir de ces expériences passées. La mémoire étant "le souvenir des états antérieurs de l'organisme" (Masson, Abrégé de neurologie), quelque chose dant le Réel intervient en support de ce souvenir, dans le registre de la représentation et dans celui de l'affect, une fois l'organisme ayant transité d'un état l'autre (samsâra). En effet, sans affect, la mémoire ne serait qu'un catalogue impersonnel de la chose, tandis que le Soi constitue sa mémoire à la charge des affects associés aux perceptions de la chose, mais en autant de représentations discontinues, discrètes. Sans doute, alors, "Dieu" est-il cette chose pleine, continue, dépourvue d'affects, contrepoint absolu de nos souvenirs, et nos affects - et les conduites "morales" qui en découlent - autant d'interprétations forcément partielles du Réel, et d'autant plus limitées qu'elles sont principalement agies par le Moi de constitution la plus récente, baigné aux bains de l'oubli qui accentuent notre finitude, notre discontinuité dans le flux de conscience: toute narrativité du Soi (âtman) est illusion, tandis que je peux conter l'histoire - fallacieuse et incomplète - du Moi (ahamkâra).

 

 

Pluralité des mondes vécus et réalités multiples sont également au coeur de la philosophie de William james, ou de la phénoménologie de Husserl comme de la sociologie phénoménologique d'A. Schültz. Le flux de conscience dans son unité première est décomposé par la réflexion, il existe tout un réseau de relations constituant l'horizon de l'objet, et toute une gamme de réductions phénoménologiques est nécessaire pour délimiter l'objet de pensée. En corrollaire, il persiste toujours des "marges" nécessaires à la connexion complète avec l'objet, avec le Réel. Schütz conçoit diverses provinces de sens qui ont leur logique propre, aucune ne pouvant à elle seule assurer la connexion complète à l'objet (et ceci n'est qu'une expression autre du théorème d'incomplétude de K. Gödel, qui démontra en logique que tout système cohérent est incomplet). Les provinces de sens sont des mondes finis, discrets, chacun ayant sa logique propre, dans un fond d'expérience qui lui est complet mais non structuré. Cette façon de voir, rappelle F. Zimmerman, est dominante en Inde depuis les Upanishad.

 

 

Ces marges de la pensée sont la pensée à l'état naissant, qu'aucun système logique (représentation, langage, voire dogme, etc...) ne peut épuiser: "on ne peut saisir les sons qui s'échappent d'un tambour, bien qu'on puisse saisir le tambour"; nous ne pouvons pas saisir le Soi comme un objet parmi d'autres dans le monde, mais nous pouvons le saisir à l'état naissant dans l'acte de pensée, à la lisière de la pensée. Et "ce monde-ci", la "réalité" dans laquelle nous vivons à un instant donné, encadrée de ses affects de compassion ou de haine, n'est que l'objet de notre attention et de notre croyance à cet instant.

 

 

 

 

 

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Published by panopteric - dans fous de l'Inde
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commentaires

plombier paris 16eme 01/02/2015 18:08

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement